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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 21:05
Sale temps pour nos gouvernants.



"Les emmerdements, ça vole en escadrille," disait Chirac qui parlait en expert de la vie politique. Son voisin corrézien qui loge aujourd'hui au palais de l'Elysée, doit mesurer aujourd'hui, la pertinence de cette expression, tant cette semaine a été pénible pour l'exécutif. Le vin tourne au vinaigre; le beurre devient rance et le café s'avère bien amer ces temps-ci:

- Le projet de loi sur la réforme du code du travail suscite l'indignation d'une partie de la gauche et des syndicats. Les organisations étudiantes annoncent déjà une manifestation pour le 9 mars. L'art de la synthèse, va être difficile à pratiquer pour calmer la cohorte des mécontents.
- Martine Aubry profite de son voyage en Polynésie pour tacler Manuel Valls consacrant la fracture au sein de la gauche entre les modernistes et les archéos. La "mèremptoire" ne propose rien, mais elle cogne. Quel mauvais caractère la perdante de la primaire 2011.

- L'Airbus présidentiel tombe en panne pendant son voyage aux Amériques. Mauvais présage pour notre grand chanceux.

- La crise de Calais n'en finit pas, malgré l'effort proposé par le gouvernement de reloger les migrants dans des mobiles homes plus décents que des logements fait de planches de bois et de bâches en plastique.
- La crise agricole produit ses effets jusque dans les allées du salon agricole où le President de la République se fait chahuter devant des médias ébahis. L'autorité de l'Etat en prend encore un coup.
- Malgré (ou à cause) l'annonce d'un référendum, 10 000 manifestants ont crié aujourd'hui leur opposition au projet d'aéroport de Notre Dame des Landes. Entre plaire à Jean- Marc Ayrault et satisfaire José Bové, il va falloir choisir.
- Les chiffres du chômage semblent meilleurs, mais même Pôle emploi émet des doutes sur la réalité de cette embellie et craint "un nouveau bug" informatique qui aurait mal retranscrit les inscriptions.
- Des voix de plus en plus nombreuses à gauche plaident pour une primaire à gauche où le chef de l'Etat ne serait qu'un candidat parmi les autres. Même le premier secrétaire du P.S. S'est permis d'évoquerla question. On n'est pas aidé.
- Et sondage après sondage l'attelage gouvernemental est à la baisse. A ce rythme de dégradation, la courbe va descendre en dessous de 15%. Heureusement que les institutions de la Vème République sont solides et qu'elles permettent de gouverner sans soutien populaire.
Mais quand il fait un temps de m.., il faut toujours se dire: "Après la pluie le beau temps." Et surtout: "fluctuât nec mergitur." Que c'est dur la politique au temps des médias d'informations continues et des réseaux sociaux! Et dire que tout le monde à gauche comme à droite, s'excite pour 2017!

Frédéric Buffin.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 17:24

Vaincre la peur de l’étranger

 

Nous avons peur de l'étranger et cette peur est mortelle pour certains d'entre eux et.. pour nos valeurs.

 

A intervalles réguliers, la presse évoque avec indignation l'expulsion de travailleurs clandestins. Elle met l’accent sur l’opposition entre les associations de soutien à la cause des immigrés et les forces de polices dépêchées par le Préfet chargé d'appliquer des lois de plus en plus restrictives en matière d'accueil de l'étranger.

 

Il n’y a qu’à se rappeler l’épisode marseillais de cet été relatif à l’expulsion des Roms,  installés en pleine ville  sur le parvis de la porte d’Aix  à la sortie de l’autoroute où se concentraient plusieurs dizaines de familles venant de Roumanie dans des conditions de salubrité indignes. Un bidonville à l’entrée de la ville sous un arc de triomphe romain bimillénaire, c’en était trop! La police fut envoyée pour faire le sale boulot et disperser dans toute la ville des poulations que le droit international empêchait de renvoyer en Roumanie.

 

Cette affaire qui a encore « grandi » la réputation de la ville déjà ternie par l’affaire des frères Guerini et les exécutions à la kalachnikov  de jeunes dealers dans les quartiers Nord,  est caractéristique de l’état d’esprit d’une population locale exaspérée et apeurée devant le spectacle de tels campements de la misère.

 

 Face à des militants « droitsdel’hommistes » qui au nom de principes humanitaires légitimes sont prêts à accueillir la terre entière, les élus locaux et les services de l’Etat et au premier chef la police font ce qu’ils peuvent pour éloigner sans trop de violence des populations que personne n’a vraiment envie de voir venir ni d’accueillir.

 

Mais il n'y a pas qu'à Marseille où se déroulent à répétition des drames de l'immigration. Peu de gens s'intéressent à ce qui se passe du côté du détroit de Gibraltar ou des enclaves espagnoles de Ceuta et de Melila en territoire marocain. Dans ces zones, où se pressent des africains subsahariens qui prennent l'Europe pour un Eldorado qu'elle n'est pas, il faut constater chaque année plusieurs centaines de décès soit dans des camions bloqués à la frontière dans une chaleur écrasante, soit dans des bateaux égarés en Méditerranée qui n'atteindront jamais la terre promise.

 

En terme numérique, la révélation périodique de la découverte d'un cadavre frigorifié d'un clandestin mort étouffé dans la soute à bagages d'un avion de ligne reliant les villes d'Afrique à celles de l'Europe est presque anecdotique et ne prêterait pas d'attention si ce genre de drame n'avait pas valeur de symbole de la tragédie d'une immigration de miséreux dont nous européens qui vivons dans l'opulence, ne voulons pas.

 

 

Après la lecture d'un énième article sur ce sujet douloureux, je suis tombé par hasard sur l'introduction magistrale et lumineuse de Jean Delumeau, grand historien et auteur de « La peur en Occident. »

Ces deux premières pages m’ont révélé de façon lumineuse que la peur des habitants d’Augsbourg à la fin du XVIème siècle qu'il décrit et la nôtre devant ce que certains, mal intentionnés, appellent « l’invasion des étrangers » sur le territoire national à cent lieues d’une mondialisation heureuse, est fondamentalement la même :

 

« Au XVI ème siècle, on n'entre pas facilement de nuit à Augsbourg. Montaigne, qui visite la ville en 1580, s'émerveille devant la "fausse porte" qui grâce à deux gardiens, filtrent les voyageurs arrivant après le coucher du soleil. Ceux-ci se heurtent d'abord à une poterne de fer que le premier gardien, dont la chambre est située à plus de cent pas de là, ouvre de son logis grâce à une  chaîne de fer, laquelle par un " fort long chemin et force détours" tire une pièce elle aussi en fer. Cet obstacle passé, la porte se referme soudain. Le visiteur franchit ensuite un pont couvert, situé au-dessus d'un fossé de la ville, et il arrive sur une petite place où il décline son identité et il indique l'adresse où il logera à Augsbourg. Le gardien, d'un coup de clochette, avertit alors un compagnon qui actionne un ressort situé dans une galerie proche de sa  chambre. Ce ressort ouvre d'abord une barrière - toujours de fer - puis, par le truchement d'une grande roue, commande le pont levis " sans que tous ces mouvemans on en puisse rien apercevoir: car ils se conduisent par les pois du mur et des portes et soudain tout cela se referme dans un grand tintamarre."

Au delà du pont-levis s'ouvre une grande porte, " fort espesse qui est de bois et renforcée de plusieurs lames de fer." L'étranger accède par elle à une salle où il se trouve enfermé seul et sans lumière. Mais une autre porte semblable à la précédente lui permet d'entrer dans une seconde salle où, cette fois, "il y a de la lumière" et où il découvre un vase de bronze qui pend par une chaîne. Il y dépose l'argent de son passage. Le (2ème portier) tire la chaine, récupère le vase, vérifie la somme déposée par le visiteur. Si elle n’est pas conforme au tarif fixé, il le laissera « trenper jusqu’au lendemein ». Mais s’il est satisfait, « il lui ouvre de mesme façon encore une grosse porte pareille aux autres, qui se clôt soudein qu’il est passé et le voilà dans la ville ». Détail important qui complète ce dispositif à la fois lourd et ingénieux : sous les salles et les portes est aménagée « une grande cave à loger cinq cents hommes d’armes avec leurs chevaux pour parer à toute éventualité ». Le cas échéant, on les envoie à la guerre « sans le seu du commun de la ville ».

 

Précautions singulièrement révélatrices d’un climat d’insécurité : quatre grosses portes successives, un pont sur un fossé, un pont levis et une barrière de fer ne paraissent pas de trop pour protéger contre toute surprise une ville de soixante mille habitants, qui est à l’époque la plus peuplée et la plus riche d’Allemagne. Dans un pays en proie aux querelles religieuses et tandis que le Turc rôde aux frontières de l’Empire, tout étranger est suspect, surtout la nuit. En même temps, on se défie du « commun » dont les « émotions sont imprévisibles et dangereuses ». Aussi s’arrange-t-on pour qu’ils ne s’aperçoivent pas de l’absence des soldats d’habitude stationnés sous le dispositif compliqué de la « fausse porte ». A l’intérieur de celle-ci on a mis en œuvre les derniers perfectionnements de la métallurgie allemande du temps. Grâce à quoi une cité singulièrement convoitée parvient sinon à rejeter complètement la peur hors de ses murs, du moins à l’affaiblir suffisamment pour qu’elle puisse vivre avec.

 

Les savants mécanismes qui protégeaient jadis les habitants d’Augsbourg ont valeur de symbole. Car non seulement les individus pris isolément mais aussi les collectivités et les civilisations elles-mêmes sont engagées dans un dialogue permanent avec la peur. »

 

Certes, il n’y a plus aujourd’hui de porte de fer pour barrer l’accès des villes aux plus pauvres venus d’ailleurs. Il n’y a plus non plus beaucoup de douaniers au sein de l’union européenne pour empêcher la venue des migrants chassés de chez eux par la misère engendrée notamment par la corruption de leurs dirigeants. Il n’y a même pas de rideau de fer face auquel seraient contraints de s’arrêter les peuples déshérités que nous les plus riches, refusons d'accueillir parce que nous ne pouvons pas selon certains, gérer toute la misère du monde.

 

Mais en fait,  alors que dans le cadre de l'OMC s’est développée la liberté de circulation des marchandises, des services et des capitaux, il n’en est pas de même quand il s'agit celle des populations et des personnes. Quelques exemples démontrent aujourd'hui que des barrières juridiques et administratives inscrites sur un papier pourtant si fragile, fonctionnent mieux que les portes de fer d'Augsbourg pour empêcher les peuples de l'est et du sud d'accéder chez nous à une vie normale et décente:

 

Devant l'irrésistible flot migratoire Sud Nord et Est Ouest largement amplifié par des filières clandestines, l'Europe a créé l'espace Schengen censé empêcher ceux qui n'en font pas partie d'y pénétrer. Administrativement, se sont constitués partout en Europe des barbelés de papier pour décourager les immigrés en situation irrégulière de s'installer chez nous. Ces procédures ne font dans un bon nombre de cas qu'encourager le travail au noir de populations exploitées par des employeurs sans scrupule, les taudis dont profitent les marchands de sommeil ignobles de cupidité et la prostitution de masse par des jeunes filles livrées à des proxénètes dont certains sont de véritables tortionnaires . Mais ces règles de droit rassurent une opinion de plus en plus inquiète devant une immigration qu'elle perçoit comme une invasion.

 

L'Europe a dénoncé en son temps le mur de Berlin. Elle ne se prive pas de condamner à juste titre le mur qu'Israel a érigé sur sa terre sacrée pour se protéger des Palestiniens, mais elle fait peu de publicité sur ses grillages de fer de plusieurs mètres de hauteur, qu'elle a réussi à imposer au Maroc devant les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melila pour éviter que des ressortissants subsahariens ne tentent l'aventure européenne.

 

Quant aux centres de rétentions dont les condition d'inconfort et d'hygiène sont indignes des valeurs qui ont été à l'origine de la construction européenne, ils constitue le signe honteux que l'Europe saisie par le chômage et la peur de l'autre dans une mondialisation dont elle profite quoiqu'on en dise, est en train de perdre son âme en oubliant ce que solidarité et humanité veulent dire.

 

Est ce trop demander à nos dirigeants quelle que soit leur couleur politique de s'inspirer des propos papistes de Benoit XVI sur l'immigration qu'on trouve dans son encyclique, "l'amour dans la vérité" ? Ils valent bien des discours gauchistes qui ne font qu'apeurer une opinion publique pour qui "l'étranger" veut dire confusément, insécurité, incendies de voiture dans les cités, trafics en tous genres, surfréquentation des hopitaux et abus des prestations sociales.

 

Que dit le pape? Il met en avant trois constats assez simples:

 

- Le  caractère massif des migrations qui doit être appréhendé de façon plurielle et globale.

- La nécessité d'une coopération internationale à long terme entre les pays d'origine et les pays d'accueil.

- L’obligation de sauvegarder les exigences des droits des personnes et des familles émigrées et en même temps ceux des sociétés qui les accueillent.

 

"Aucun pays ne peut penser être en mesure de faire face seul aux problèmes migratoires de notre temps. Nous sommes tous témoins du poids de malaises, de souffrances et d'aspirations qui accompagnent les flux migratoires. La gestion de ce phénomène est complèxe, nous le savons tous; il s'avère toutefois que les travailleurs étrangers, malgré les difficultés liées à leur intégration, apportent par leur travail une contribution appréciable au développement économique du pays qui les accueille, mais aussi à leur pays d'origine par leurs envois d'argent. Il est évident que ces travailleurs ne doivent pas être considérés comme une marchandise ou simplement comme une force de travail. Ils ne doivent donc pas être traités comme n'importe quel autre facteur de production. Tout migrant est une personne humaine qui en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toutes circonstances."

 

Le pape en rajoute une couche  en faisant du social par l'évocation à la fois belle et terrible du jugement dernier (Matthieu 25) quand  le roi distingue les justes à qui il dit:  "j'étais étranger et vous m'avez accueilli " et maudit les autres en leur disant: "j'étais étranger et vous ne m'avez pas accueilli."

 

Le successeur de Pierre nous rappelle ainsi que l’accueil de l’étranger ne relève pas de la seule responsabilité des états et des politiques mais qu’il constitue un impératif catégorique moral et personnel qui s’impose à tous ceux que leurs moyens intellectuels et financiers permettent d’intervenir en faveur de l’étranger dans la détresse.

 

Une obligation morale et personnelle d'accueillir l'étranger sur fond de transcendance, est ce si déraisonnable comme option au nom d'un principe d'humanité que personne ne devrait oublier, citoyens et gouvernants?

                            

Frédéric Buffin 17 octobre 2011

 

 

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