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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 14:09
De l’importance du  discours dans le management des organisations. (12 conseils aux managers pressés)


1) Au commencement était le Verbe



Comme le disait le fabuliste Esope dans la Grèce Antique, « la langue peut être la meilleure est la pire des choses », surtout si elle s’exprime avec force et talent.

C'est la pire, lorsqu'elle inspire :

  • la haine de l'autre, comme à Nuremberg dans les années Trente par la voix électrique et mortifère d'Adolf Hitler hurlant les mérites du Reich « über alles »,
  • le génocide des Hutus par le biais de Radio-Mille Collines au Rwanda dans les années quatre-vingt dix qui appelait à l’élimination des cafards,
  • un antisémitisme primaire qu'on croyait révolu, sur le net et dans certaines salles de spectacle bien remplies, par le biais d'un humour de plomb à la Dieudonné.

C'est aussi la meilleure des choses lorsqu'elle passe par

  • le rêve antiraciste de Martin Luther King, contre la ségrégation raciale,
  • le sermon d'espérance du Pape Jean-Paul II sous le signe de la transcendance, dans une Pologne paralysée par l'étau communiste,
  • la vibrante plaidoirie parlementaire de Robert Badinter contre la peine de mort.

Par la simple grâce et la puissance d'un discours, des hommes comme Jaurès, de Gaulle ou Churchill et tant d'autres, ont su faire que des hommes et des femmes marchent debout malgré les tempêtes que les forces pourtant bien humaines du Mal s'acharnent à provoquer.

Sans rechercher le pire et le meilleur, les spectateurs que nous sommes, sont en quête de la parole bien sentie qui non seulement requiert notre assentiment mais aussi notre enthousiasme. Or, il faut bien constater que dans la vie sociale, il est peu de discours qui répondent à cette commande dans un pays sceptique habitué à d'éloquentes promesses électorales de droite comme de gauche qui sont rarement tenues quand les beaux parleurs sont aux affaires. Le Verbe malheureusement ne se fait pas souvent chair. Et, confrontée au réel, la démagogie ne fait pas une politique, même si elle permet d’accéder au pouvoir.

2) L’art du discours ne s'apprend malheureusement pas dans les Écoles.


Dans l'Antiquité, l'art oratoire développé par Démosthène ou Cicéron, faisait l'objet d'un enseignement spécifique tant Athènes et Rome lui accordaient d'importance. Les Révolutionnaires de 1789, Danton, Saint-Just, Robespierre et d’autres encore bousculèrent les institutions (sans micro) avec des mots à l'Assemblée constituante et à la Convention. Ils en perdirent leur tête, emportés par le torrent destructeur que la parole révolutionnaire avait déclenché, mais ce Verbe, ils l’avaient acquis dans les cours de rhétorique des collèges d'Ancien Régime qu'ils avaient fréquentés et vilipendés.

Or, Frédo la Sécu ne se souvient pas d'avoir suivi un enseignement spécifique de la prise de parole en public, ni dans le secondaire, ni dans le supérieur, ni dans cette excellente école d'application qu'est l'Ecole Nationale Supérieure de Sécurité Sociale. Il a plus appris à parler en public lors des tumultueuses assemblées générales des événements de Mai 1968 que dans toute sa scolarité académique et pratique. Et à l'exception des centres de préparation que fréquentent les étudiants qui se préparent aux professions judiciaires de magistrat ou d'avocat, l'art du discours ne s'apprend pas vraiment à l’école.

S’il était ministre de l'Education Nationale, il introduirait l'enseignement obligatoire du parler en public à tous les élèves afin que les taiseux qui ont des choses bien senties à exprimer, puissent rabattre le caquet des bavards qui ont la chance de n’être pas inhibés devant une foule, un micro ou une caméra, pour dire la plupart du temps n’importe quoi.



3) Du discours des managers dans les organisations.


Quand il est devenu directeur, sans avoir été tout à fait muet jusque là, il s'est aperçu que manager sans discours était impossible. Il a connu quelques rares directeurs aveugles, des directeurs muets, non. Or, la vie en organisme ou en entreprise est rythmée par des discours "nécessaires" auxquels nul dirigeant ne peut échapper:

- le discours d'arrivée qui permet de se faire un personnage, de fixer d'entrée ses objectifs à ses collaborateurs qui attendent les premiers mots du directeur pour jauger son autorité et son charisme, comme des élèves chahuteurs devant leur professeur lors du premier cours de rentrée scolaire,

- le discours programme qui doit trouver un équilibre entre le dix commandements mosaïques et l'appel irénique à l'initiative sur le thème éculé de l'entreprise cellule familiale, une fois que le boss s'est installé dans la fonction et qu'il a pris la mesure des problèmes qu'il avait à résoudre et trouvé les solutions pour y remédier,

- le discours de crise, lorsqu'un incident se produit dans l'organisme et que s'accumulent les récriminations des usagers ou des clients, des administrateurs, des instances représentatives du personnel et que radio couloir( avec pour centre d'état major la machine à café), diffuse ses messages délétères. Quelques paroles bien senties, si elles sont suivies de mesures efficaces, ne sont alors pas de trop pour remettre ses collaborateurs sur le chemin du travail.

- les discours rituels qui peuvent lasser jusqu'à l'ennui s'ils ne sont pas bien préparés, tels que la cérémonie des vœux, les remises de médaille du travail qui ne récompensent pas toujours les agents les plus mobiles et les plus dynamiques, les discours de départ et notamment de départ en retraite, où "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil,"

- les inévitables interventions publiques qui sont demandées à l'extérieur devant un public qui ne vous fréquente pas tous les jours et que vous devez séduire autrement qu’à coup de diapos « power-point » illisibles et toujours trop nombreuses.

- le discours de départ qui doit être préparé avec soin, pour que tous les acteurs de l'entreprise prennent subitement conscience de la perte irréparable d'un manager aussi dévoué et compétent, (même si le principe selon lequel "un clou chasse l'autre" constitue une dure réalité dans la vie des organisations.)

Autrement dit tout responsable dispose du ministère de la parole et il doit considérer que le discours est un élément indispensable de communication dans l’entreprise.

4) Quelques conseils de bonne pratique du Logos.

Alors, Frédo la Sécu, maintenant à la retraite se permet de donner quelques conseils aux lecteurs qui ont vocation à devenir dirigeants de plein exercice sur la pratique du discours en organisme ou en entreprise.

  1. Ne galvaudez pas vos discours en les multipliant. Quand vous dirigez une organisation, vous n’êtes pas dans une classe de potaches à qui tous les jours vous devez donner la leçon. C’est une chance, car mis à part les exercices imposés tels que les vœux, vous avez le choix de votre public (tout le personnel, les cadres, les représentants du personnel,) de la date d’intervention et de son motif.
  1. Choisissez le bon moment pour intervenir. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut point entendre. Il y a des moments dans la vie des organisations où il vaut mieux laisser couler de l’eau sous les ponts et ne rien dire. Il n’y a rien de pire qu’un public à qui vous imposez votre discours et qui soupire en vous disant implicitement : « parle à mon c.., ma tête est malade. »
  2. Faîtes bien attention à votre public. Si vous avez devant vous un auditoire de mamans, parlez mamans ; Si vous avez affaire à la fine fleur des universités, soignez votre langage et affinez les concepts que vous utilisez ; et s’il s’agit de votre personnel, traquez bien ses préoccupations du moment dans ce monde de l’entreprise si inquiet devant les incessantes restructurations qui l’affectent.
  3. N’improvisez jamais. Un discours, c’est comme une pièce de musique ou une pièce de théâtre, c’est une composition qui se prépare avec le plus grand soin. Que vous le vouliez ou non, vous jouez votre personnage et vous devez vous mettre dans une peau d’acteur avec vos qualités et vos défauts.
  4. Si vous avez la chance d’avoir un collaborateur qui rédige vos interventions, sachez maltraiter les textes qu’il a concoctés avec application, voire dévouement, en vous les appropriant. A défaut, le public dira : « C’est du untel » et vous serez considéré au mieux comme un plagiaire, au pire comme un homme ou une femme sous influence.
  1. Si vous voulez fleurir votre discours de citations littéraires ou philosophiques, usez seulement des citations d’auteurs que vous connaissez et que votre public connaît. Ceci vous évitera d’être incompris ou, suprême humiliation, de ne pouvoir répondre à une question impertinente sur l’auteur que vous avez cité et que vous ne connaissez pas.
  1. Ne faites de l’humour que si vous en avez dans la vie quotidienne et que les circonstances s’y prêtent. On n’annonce pas un plan de rigueur le sourire aux lèvres en faisant un bon mot sur le fait que ce que vous énoncez, ce n’est tout de même pas la guerre.
  1. Martelez dans votre intervention une idée, voire deux, mais pas trois, quatre ou cinq. Au-delà, le public se perd dans le dédale de votre pensée trop complexe. Un discours, ce n’est pas une exégèse philosophique ni une leçon d’agrégation. L’entreprise, ce n’est pas l’université.
  1. Si vous annoncez des mesures de réorientation, mettez- les en application sans faiblesse. Dans ses vœux, le Président de la République vient d’annoncer que les impôts étaient trop lourds et qu’il fallait réduire les dépenses de l’Etat, des Collectivités locales et de la Sécurité sociale. Qu’adviendra-t-il si d’aventure les décisions ne sont pas au rendez-vous ? Il ne manquera pas de plumitifs de salon pour multiplier les phrases assassines à son encontre.
  1. Personne n’échappe aux idées en vogue et aux mots à la mode. Mais tout de même ; vos collaborateurs en ont assez d’entendre des sermons sur les processus qualité, alors qu’ils sont payés pour traquer quotidiennement les défauts du service dont ils ont la charge, sur la nécessaire efficience, mot qui n’existe pas dans le petit Robert mais que tout le monde utilise sans vergogne et sur le développement durable qui devient un fourre-tout d’objectifs écologiques, sociaux et sociétaux. Autrement dit, soyez le plus concret possible dans les objectifs que vous assignez à vos collaborateurs sans recourir aux concepts creux du moment.
  1. Sans abuser de la méthode Coué, demeurez optimiste et montrez le cap sans ambiguïté. A quoi sert un capitaine de bateau si c’est pour dire aux membres de son équipage qu’il ne sait choisir entre Charybde et Scylla et qu’ils vont au naufrage, malgré votre excellence. ? N’est pas Churchill qui veut, en promettant de la sueur du sang et des larmes. Le peuple français n’est pas le peupla anglais.
  1. Dernier point très important, même s’il ne vole pas très haut. Préoccupez-vous des conditions matérielles de votre discours. Un micro qui ne fonctionne pas, un effet « larsen » inopportun, la perceuse d’un ouvrier d’une société de service ou une estrade défectueuse qui s’effondre sous vos pieds pendant votre discours, sabotent parfois les meilleures interventions du monde.

Conclusion : « je discours donc je suis…un dirigeant ?

Bien sûr, le discours conçu comme technique de management ne saurait se suffire à lui-même. Et d’excellents directeurs, bon communicants ne prononcent parfois aucun discours, parce que ce n’est pas leur style ou tout simplement leur charisme. Néanmoins, on ne saurait trop conseiller aux dirigeants d’utiliser la plume et la voix pour faire comprendre à tous les acteurs de l’entreprise, les enjeux complexes des institutions dont ils ont la charge.

La parole publique bien faite et bien dite exerce toujours un attrait considérable sur le collectif qu’elle séduit sans forcément le manipuler, comme le Verbe et le Logos d’autrefois. Avec de simples mots, certains peuples se sont mis ou remis en marche. Il en est de même dans les entreprises où le personnel apprécie que « le mot et la chose » exprimées au quotidien par leur dirigeant, correspondent aux deux facettes d’une même réalité entrepreneuriale positive. Croisons les doigts !

Frédéric BUFFIN 6 Janvier 2014

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 12:52
Les voeux comme instrument nécessaire de management.

Pour les dirigeants, les vœux devant le personnel au tout début du mois de janvier, constituent un exercice difficile.



1) D’abord, la cérémonie des vœux, ça ne s'apprend pas dans les cours de management. Quand Frédo la Sécu était en scolarité à l'Ecole Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale, il n'a pas appris à prononcer des vœux. Et quand il en fut le directeur des études, jamais (et c'est un tort) il n'a songé à sensibiliser ses ouailles futurs directeurs(trices) sur l’importance de cet exercice rituel au cours de la vie en entreprise.

2) En second lieu, les vœux, en tout début d'année, c'est toujours un très mauvais moment. Sur le plan de l'activité la fin d'année est toujours assez lourde avec la somme de résultats et de bilans qu'il faut produire avant la date fatidique du 31 décembre, comme si faute de les produire à cette date, l'organisme qu'on dirige allait tomber dans un trou dont il ne ressortira pas. D’abord finir l’année, c’est l’objectif du jour. On verra pour après demain quand on aura tourné la page qui n’est pas encore tout à fait lue.

3) Troisième point en fin d'année, le dirigeant qui a accumulé les tensions et les soucis pour diriger sa barque au point d’en avoir mal aux bras, voudrait pouvoir souffler. Il aspire à prendre quelques congés, sans déjà assombrir son moral en pensant déjà aux gros nuages chargés de pluie, de grêle et de neige qui risquent de lui tomber sur la tête dés que le 1er Janvier aura pointe le bout de son nez. Les cadeaux de Noël qui ravissent les enfants et le réveillon de la Saint Sylvestre avec Champagne et cotillons n'ont qu'un temps. Alors s’encombrer la tête avec la préparation des vœux, très peu pour lui ou pour elle.

4) Dernier point, les vœux reviennent chaque année et à chaque fois, il faut répéter les mêmes banalités sur :
- l'année qui vient de se dérouler en mettant l’accent sur les réussites plus que sur les résistances.
- les vœux de bonne santé (en n'omettant pas de souhaiter un bon rétablissement à ceux et celles qui sont frappés par la maladie)
- les échéances ( toujours heureuses et positives) qui attendent chacun de ses collaborateurs au sein de chaque service, (surtout n’en oublier aucun.)
- l'avenir forcément radieux qui attend l'organisme si tous le
s travaux cités sont menés à bien.

Et si un dirigeant s'avisait à ne pas prononcer des vœux?

Bref, les vœux tombent toujours mal et peuvent être considérés comme une corvée directoriale par les dirigeants obsédés par la performance et l’efficience de leur organisme. Pourtant, les vœux devant le personnel, ne peuvent pas ne pas être. Ils constituent un moment nécessaire de pause dans la vie des organisations.

Imaginez vous un directeur d'entreprise ou d'organisme qui ne ferait pas de vœux en disant: "et bien non, cette année, j'ai décidé de ne pas sacrifier du temps pour cette tradition ridicule et coûteuse en temps de travail perdu et en boissons et petits gâteaux."

- Ce serait considéré par le personnel comme du mépris ou pire comme une incapacité du boss à exprimer le souhait que l'année se déroule bien en fixant le cap. Attention au personnel qui se sent mal aimé. Il peut se rebiffer au premier incident.

- Ce serait une occasion manquée pour le dirigeant de rencontrer des collaborateurs qu'on ne voit que rarement tout au long de l'année et à qui l'on peut dire quelques mots aimables en mangeant une galette et un verre de cidre. ( on n'est pas obligé d'organiser des vœux à coup de coûteux champagne des meilleures maisons de Reims et de petits fours de chez Fauchon.)

- Ce serait priver ses agents d'un moment de convivialité et de vivre ensemble qui mieux qu'un long discours témoignent du fait établi que l'entreprise constitue une "grande et belle famille toute entière qui par delà les tensions du quotidien, s'attache à réaliser avec cœur et conscience les objectifs assignés par son dirigeant."

- Enfin, même si le boss ne saurait être assimilé à un ministre du culte officiant devant une assemblée souvent peu versée dans l'enthousiasme mystique, le manager en chef perdrait une occasion d'utiliser ce ministère de la parole pour fixer par un discours bien léché, le cap du bateau qu'on lui a confié.

Et puis après tout, le Président de la République s'exprime à la télévision pour souhaiter ses vœux à la population et plusieurs fois pendant le mois de Janvier devant les différents corps constitués du pays. Alors comment en tant que directeur ou directrice, oser ne pas prononcer des vœux, même si cette cérémonie par son caractère banal convenu et répétit
if peut constituer un pensum annuel?


Quelques conseils pour préparer une cérémonie des vœux.

Dans ces conditions, Frédo la Sécu se permettra de donner quelques conseils au dirigeant trop pressé pour perdre son temps à préparer une cérémonie et un discours de vœux, afin de transformer cette cérémonie "obligatoire" en opération de communication positive.

1) Sans faire des vœux le point cardinal de l'année, pensez toute l'année aux événements susceptibles d'être remémorés lors du discours de vœux. Vous pourrez ainsi facilement évoquer les points fors de l'année passée. Bien sûr, il vous faudra faire le tri pour ne pas lasser par un discours fleuve un auditoire qui attend moins de l'entreprise un prêche rébarbatif qu'une collation réparatrice en fin d'après-midi.

2) Si vous vous lancez dans "une énumération en forme de remerciements pour le travail accompli," l'année précédente, sachez qu'il s'agit d'une opération périlleuse au cours de laquelle, il ne faut oublier personne au risque de froisser pour longtemps l'amour propre de ceux ou des services qui ne seront pas nommés.

3) N'insistez pas sur les inévitables carences de la maison que vous dirigez. Les vœux, ce n'est pas un procès en place publique ou un cours pendant lequel un professeur sévère critique les égarements de ses élèves. N'oubliez pas qu'après le dessert, il y a le jus d'orange et le cidre qu'il ne faut pas transformer en vinaigre par quelques mots trop critiques.

4) Préparez avec soin votre discours sur "l'Etat de l'Union" sans en faire un monument littéraire que certains de vos collaborateurs moins cultivés que vous ne comprendraient pas. Interdisez vous notamment les citations latines. Elles font cuistre et ne sont comprises par personne.

5) Ne vous trompez pas de messe. Les vœux ce n'est pas un Requiem et sauf exception. Il n'y a pas lieu de promettre au cours des vœux du sang de la sueur et des larmes comme le fit Churchill aux Anglais en 1940 pour les galvaniser face aux armées allemandes.

6) De grâce en cette période un peu sombre, faîtes un peu d'humour y compris sur vous-même en montrant ainsi que vous n'êtes pas qu'une fonction mais aussi une personne sensible capable (et oui tout arrive,) d'humanité.

7) Si vous voulez par votre discours de vœux fixer des objectifs d'année à votre personnel, veillez bien à ce qu'ils aient été préalablement partagés avec vos collaborateurs direct afin que ceux-ci puissent les relayer auprès des leurs. Annoncer un scoop connu de vous seul au cours des vœux, constitue une action risquée qui vous demandera beaucoup de salive quand il vous faudra le préciser au collège de Direction et aux instances représentatives du personnel.

Et n'oubliez pas, souriez, Monsieur le Directeur, madame la Directrice, vous êtes filmés par les yeux de vos collaborateurs. Ilsi vous regardent tantôt avec le regard sombre de Iago le jaloux d'Othello et de Shakespeare tantôt avec les yeux de Chimène l'amoureuse du Cid et de Corneille ou tout simplement avec la vision sceptique de tous les « Montaigne » de niveau moyen qui peuplent votre organisme en diffusant leurs doutes sur la santé de votre organisme à la machine à café.

Alors, mesdames et messieurs les dirigeants, transformez la cérémonie banale et convenue des voeux, en un moment attendu, enthousiaste, fort et convivial de l'organisme
dont vous avez la charge. C'est son intérêt autant que le vôtre.



Au fait j'allais oublier. Frédo la sécu, vous souhaite une bonne et heureuse année 2014.


Frédéric Buffin
0616913768
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Les voeux comme instrument nécessaire de management.
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Frédéric Buffin - dans Management
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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 20:41

Le management par le mensonge ne s'enseigne pas.

Grâce aux cours de management qui fleurissent dans les grandes écoles, les écoles de formation ou les écoles d'application, les futurs dirigeants, les élites de demain, apprennent à devenir des "managers" efficaces, (que dis-je efficients, puisque ce concept est aujourd’hui tellement en vogue, notamment dans les corps d’audit, dinspection et de contrôle). Sans cet enseignement, ils seraient, au dire des enseignants de cette matière tellement avisés qu’ils ne managent plus pour la plupart, moins aptes à la gestion des organisations. Voire....

Futurs officiers civils de la nation, ils, elles, (attention, le management sécrit aussi au féminin,) apprennent toutes les méthodes qui vont leur permettre de conduire des “travailleurs et des travailleuses” (feu Georges marchais n’est pas loin) vers le succès. Ils n'ont pas de drapeau, pas de tambour, ni de fusil pour diriger, mais ils sont riches de l'art managérial, comme les hommes du Néanderthal l'étaient de l'art pictural.

Bien sûr, rien ne vaut l'expérience pour devenir un jour directeur ou directrice, mais les maisons d'édition spécialisées publient chaque année des titres ronflants sur le management par objectif, le management participatif, le management opérationnel, le management par la qualité et plus récemment le management systémique intégré. Le rédacteur de cet article qui fut autrefois directeur de la formation initiale de l’école nationale qui forme les cadres supérieurs de la Sécurité Sociale avoue à sa grande honte qu’il était peu versé dans ces méthodes, ce qui ne l’a pas empêché d’être directeur pendant près de vingt ans !

Or dans ces écoles prestigieuses, s’il y a une matière qui ne s’enseigne pas (au moins officiellement,) c’est le mensonge, qui ne figure dans aucun programme d'enseignement comme instrument de management.

Dans ces référentiels d’enseignement managérial sont évoqués les principes de la gestion de projet, des statistiques, de la communication, voire de marketing, ceux de négociations sociales, pardon de gestion des ressources humaines, du contrôle de gestion, mais vous ne trouverez aucun enseignant prendre le risque d’organiser une conférence de méthode sur « le bien mentir au service de l'entreprise ou du service public. »

Vous ne trouverez pas davantage, “d'agrégé de l'université ès mensonges” pas plus que de titulaire d'un doctorat du bien mentir, capable d'enseigner aux futurs dirigeants les techniques visant à tromper son prochain pour faire triompher la cause pour laquelle ils seront employés.

Même la littérature est assez pauvre en titres sur cette matière pourtant inépuisable qui caractérise le genre humain. Sans parler de Saint Augustin qui condamnait le mensonge au nom de la transcendance. Il y a bien l'art du mensonge en politique de Jonathan Swift, la controverse entre Kant qui le condamnait au nom de la philosophie et Benjamin Constant, mais aucun monstre du monde des lettres n'a tenté d'écrire une somme sur un tel thème, alors que les bibliothèques regorgent d’ouvrages consacrés au principe de vérité.

Et quand un auteur comme Machiavel évoque le mensonge, c'est pour le Prince de Florence et non pour le quidam. De même dans le catalogue des maisons d'édition spécialisées dans l'organisation du travail, vous trouverez des ouvrages sur les techniques de manipulation et non sur le management par le mensonge. Aucun menteur, et ils sont pourtant légion dans les entreprises et les administrations, ne s'est risqué à un tel exercice aussi provocateur.

S'il ne s'enseigne pas dans les hautes écoles, c'est que nous mentons tous.

L'auteur de ces lignes peu sérieuses, d'abord manager en herbe puis dirigeant confirmé, et maintenant depuis peu retraité, a fait une découverte tardive de l'universalité du mensonge. Il se permettra pour ce faire, de contredire le principe pascalien selon lequel "le moi est haïssable" en évoquant une histoire vraie qui a marqué son début d'adolescence:

A treize ans, j'ai (enfin) compris que nous mentions tous, enfants comme adultes, à l'occasion d'un "passionnant" cours d'Allemand: dans le « Spaeth et Réal » de la classe de 4ème, il était écrit en gothique, une leçon intitulée: "Meine erste Lüge" (« mon premier mensonge » pour les non germanistes) .

C’était l'histoire édifiante d'un enfant accusé à tort par sa mère d'avoir cassé un carreau ou une porcelaine avec son ballon. Comme celui-ci nie le forfait, l'habile et redoutable éducatrice promet une pièce de monnaie contre l'aveu souhaité. L'enfant attiré par l'irrésistible appât du gain, avoue alors le forfait qu'il n'a pas commis et en retour n'obtient qu'une bonne correction maternelle en guise de récompense.

Comme l'élève studieux que j'étais, (gros mensonge) s'était étonné auprès du professeur du pourquoi d'une histoire aussi immorale dans un livre pourtant si sérieux, celui- ci avait répondu que ce texte constituait une géniale démonstration de la prégnance "urbi et orbi" du mensonge.

"Il est partout » avait- il dit, la voix enflammée, lui d'ordinaire si calme, "les adultes comme les enfants, qu'on soit gentil ou méchant, riche ou pauvre, monarque ou sujet, patron ou salarié. Bref, tout le monde ment, c'est la seule vérité que je connaisse." Il n'y avait évidemment rien à répliquer face à une affirmation aussi péremptoire.

Après cette remarquable entreprise de démoralisation scolaire exprimée par un germaniste patenté, j'étais sorti du cours en me disant qu'il fallait que je remise définitivement au placard mon missel romain de premier communiant (d'avant Vatican II) où à la page des dix commandements de Dieu, figurait en septième position : "tu ne mentiras pas."

J’avais été mal formé à pratiquer de façon courante, le "mentir vrai." J’avais été trop influencé par les règles du catéchisme paroissial qui, sur fond de transcendance, condamnaient le mensonge et les règles de morale immanente de l'instituteur de mon école publique qui n'étaient pas plus indulgentes contre les écarts vis à vis du parler vrai, au nom de la morale laïque,

Nous savons donc tous par expérience, que le mensonge pousse comme du chiendent sur nos terres personnelles et sur les territoires familiaux, médiatiques, politiques et professionnels.

D'abord pour vivre en société, nous percevons d'instinct que toute vérité n'est pas bonne à dire et que la franchise ou la transparence absolue peuvent être plus destructrices qu'un bon petit mensonge par omission. Ensuite, dans certaines situations extrêmes, le mensonge peut contribuer à sauver une vie, ce qui peut conférer à son auteur le statut de héros.

Mais enfin plus prosaïquement et au quotidien, l'intérêt pour agir pousse chacun d'entre nous à mentir. Et il peut être tentant de le faire, pour décrocher un contrat, obtenir un poste, favoriser sa carrière de manager, valoriser son ego ou tout simplement pour se sortir d'une situation difficile :

Roger, PDG d'une start-up informatique en pleine croissance et donc en pleine crise de croissance, vient de terminer devant une centaine de collaborateurs une intervention sur le thème de la mobilisation des énergies, par la citation habituelle et totalement convenue: "et comme disait Jean Bodin, auteur du XVI ème siècle (qu'il n'a jamais lu), "il n'est de richesses que d'hommes."

"Il serait meilleur, le patron, s'il ne nous faisait pas autant de baratin sur la grande famille que constitue notre entreprise, alors qu'il ne pense qu'à augmenter les profits de ses actionnaires en compressant les rémunérations et les effectifs des salariés de l'entreprise. "

C'est en ces termes peu amènes que Raymond pourtant peu versé dans l'action syndicale, commente à voix basse auprès de Marcel le discours du boss sur la nécessaire cohésion sociale au sein de la boite où il travaille, après une récente grève de protestation sur un plan de réduction des effectifs et de blocage des salaires. Car pour lui, c'est définitif, ce que dit le chef, c'est désormais mensonges et compagnie.

Autrement dit pour Raymond, l'équation directeur = menteur ne se discute pas, elle s'impose au patron et au subordonné comme une évidence cartésienne patronale: "je manage donc je mens." D'ailleurs mentir n'est pas forcément pour lui un mal absolu, mais simplement une nécessité liée à la fonction de direction face aux salariés comme elle s'impose aux politiques devant les électeurs

Un séisme intellectuel et moral: les dirigeants mentent et cest mal.

Néanmoins l'actualité politique récente invite les cadres et dirigeants à se pencher sur la vitalité du mensonge dans la vie des organisations. Depuis le mensonge énorme et magnifique de Mr Cahuzac, le 2 avril 2013 devant le Parlement sur sa non détention d'un compte en Suisse, tout a changé car chacun d'entre nous y compris dans l'entreprise a redécouvert avec stupéfaction que le mensonge c'est mal.

Certes notre ex brillant ministre du Budget a rendu un immense service à la société civile trop longtemps respectueuse du principe machiavélien selon lequel "la fin justifie les moyens" y compris grâce à la pire des menteries, (même si on peut lui reprocher d'avoir galvaudé pour longtemps l'expression: "les yeux dans les yeux, je vous dis la vérité.")

Il place en effet désormais les dirigeants de toute nature, dans une situation impossible devant leurs subordonnés: «désormais, il ne faut plus mentir, car agir ainsi n'est plus considéré comme la marque du pouvoir, mais comme un sceau d'infamie qui interdit d'exercer avec efficacité, voire d'exercer tout court. Au secours, le puritanisme anglo- saxon est de retour, même dans notre pays si marqué par la culture du mensonge d'Etat.

Or, personne ne souhaite se faire traiter de menteur ni de disciple du Prince de Florence. Ni dans le cercle de famille, ni sur son lieu d'habitation, ni auprès de ses amis, ni sur son lieu de travail, ni dans son bureau de directeur. Et sauf sur les C.V. des candidats aux services secrets, vous ne verrez aucun demandeur d'emploi vanter ses aptitudes à travestir la vérité, bref à mentir. Mon professeur d'Allemand avait bien raison!

Alors si le mensonge se glisse partout, même dans l'encadrement et la direction des organisations, il pourrait être bien utile d'organiser une réflexion structurée sur la gestion du mensonge par les managers. C'est pourquoi il est proposé aux lecteurs dans les pages qui suivent quelques conseils visant à réduire l'espace du mensonge au strict minimum qu'exigent les relations humaines et sociales dans la vie quotidienne des organisations.

Quelques conseils de management anti-mensonge.

En règle générale, évitez de mentir, sauf si vous avez une mémoire d’éléphant et que vous appréciez le stress de la contre-vérité. Ceci vous évitera, face à vos interlocuteurs, de vous prendre les pieds dans le tapis ou tout simplement de rougir de honte si vous êtes pris en flagrant-délit d’usage de sornettes. Et surtout, dites la même chose quelque soit le lieu. Du siège à l’établissement, il n’y a qu’un pas et les nouvelles vont vite.

Évitez la langue de bois. C’est un sport pratiqué par tous les dirigeants de sortir à tous moments des slogans tels que : « l’entreprise est une grande famille » ou « on peut lire dans ma gestion comme dans un livre ouvert », ou bien encore « mes salariés comptent plus que les actionnaires. » En cas de plan social, ou de restrictions d’effectifs, ça vous évitera de vous renier, à moins que vous n’ayez annoncé d’illusoires augmentations d’effectifs.

Tenez vos promesses. Evidemment dans la sphère politique, le dicton selon lequel « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » a force de loi, mais dans le monde de l’entreprise, on n’évite pas pas si facilement le regard mauvais d’un collaborateur qui vous a cru parce que vous ne lui avez pas accordé l’augmentation promise surtout quand on le rencontre dans l’ascenseur !

Négociez sans gruger. On peut toujours gagner une affaire ou mettre fin à un conflit social en racontant des histoires. Mais ce sont là des victoires à la Pyrrhus. Car le client, le fournisseur ou le représentant syndical trahi, vous le fera payer au centuple quand d’aventure vous vous trouverez en position de faiblesse. Après votre bassesse, il s’estimera légitime d’utiliser les mêmes méthodes à votre détriment.

Vis-à-vis de l’autorité qui vous gouverne, procédez toujours à un état des lieux quantitatif et qualitatif de la situation de l’entreprise que vous dirigez aussi objectif que possible. Ceci vous permettra d’éviter la propension de vos collaborateurs à enjoliver leurs résultats s’ils savent que vous êtes capable de ne pas vous emporter face aux chiffres et aux bilans qui font mal et que vous ne supportez pas le maquillage de la réalité. (On n’est pas en Grèce !)

Dernier point, ne pas mentir peut s’accompagner d’un conseil de prudence. Vous n’êtes pas obligé de dire forcément toute la vérité. Car toute vérité n’est pas forcément bonne à dire, quand celui qui la reçoit n’est pas prêt à l’entendre. Mais ceci est une autre histoire.

Et souvenez vous, il faut aussi, dans les situations extrêmes, savoir mentir pour sauver et non pour se sauver, quels que soient les échelons de la hiérarchie.

Frédéric Buffin. fredericbuffin.fr

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Frédéric Buffin - dans Management
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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:53

LES CADRES PEUVENT ILS ACCÉDER AU BONHEUR?

 

  Bonheur

 

 

UNE ESPECE DU GENRE HUMAIN: LES CADRES.

 

Les cadresIls sont des millions à organiser tous les aspects de la vie en société. Officiers et sous-officiers qui encadrent une troupe de plus en plus rétive à se porter au combat ; évêques, prêtres, pasteurs, rabbins ou imams qui encouragent des fidèles souvent bien tièdes à vivre leur foi; fonctionnaires d'autorité, du grand directeur d'administration centrale au simple attaché de préfecture qui administrent des citoyens peu portés aux pratiques civiques; managers d'entreprise, du directeur au chef d'atelier qui encadrent un personnel souvent revendicatif; hommes politiques du chef de parti au permanent de quartier qui tentent de mobiliser les militants de base de moins en moins enthousiasmés par le mythe du grand soir ou de la grande nation ; syndicalistes, du secrétaire général au délégué syndical de base qui encourage des adhérents en nombre de plus en plus réduits à se mobiliser pour négocier la « juste amélioration des salaires et des conditions de travail ».  

Ils jouent tous les rôles dans les structures où ils travaillent. Ils dirigent, commandent, animent, conçoivent, exécutent, transmettent, rendent compte etc. Responsables et fusibles à la fois, ils sont comptables du bon fonctionnement de la hiérarchie sociale qui s'impose à eux, mais qu'ils font vivre par leur action.    

Qui sont-ils? Les cadres tout simplement. Parfois aussi recherchés que des bêtes en voie de disparition du fait de leurs compétences, ils sont très prisés par les entreprises et les administrations, qu’ils soient recrutés par concours ou par entretien d’embauche.    

Parler d'eux au pluriel sous un terme générique, est presque impossible tant sont diverses leurs spécialités, leur place dans la hiérarchie et leurs domaines d'intervention.  

Ils sont les chevaliers des temps modernes, ceux sans qui rien ne peut plus tourner dans notre Société. Sans eux, les entreprises, les administrations l'armée, les Eglises seraient incapables de tourner.

De plus, ils sont l'objet d'une reconnaissance officielle puisque les cadres sont définis comme tels par l'I.N.S.E.E. Ils ont même cas unique en Europe, leur propre régime de retraite complémentaire qui les place définitivement au dessus de leurs concitoyens.    

De cette espèce du genre humain en voie de multiplication, tout le monde aujourd'hui veut en être comme si elle était la fonction la plus enviable et la plus nourricière dans la société d’aujourd’hui qui fait plus la part belle aux cols blancs qu’aux cols bleus..

A y regarder de plus prêt, le lecteur avisé verra pourtant que du rêve à la réalité des métiers d'encadrement, il y a une grande marge qu'il convient de mesurer avec le plus grand soin, avant de se s'engager dans cette voie comme d'autres se lancent dans les vocations sacerdotales:  

 

 LE MALAISE DES CADRES.

 

souciToute catégorie socioprofessionnelle a en effet son malaise. S'il n'en était pas ainsi, elle n'aurait aucune chance d'obtenir quoique ce soit du gâteau que la Collectivité partage entre les mécontents de tout poil qui chaque année cessent le travail, descendent dans la rue, bloquent les camions sur les autoroutes et déversent le trop-plein de pommes de terre, de fruits ou de lisier de porc devant les bureaux des préfectures.  

A une époque où même les pompiers et gendarmes manifestent pour se faire entendre, les cadres tentent de manifester leur point de vue par le biais de leur syndicat spécialisé la confédération générale de cadres, même si les autres syndicats ont ces dernières années réussi à prendre à cette dernière de substantielles parts de marché dans le monde si divers de l’encadrement.

D'où vient alors qu'on ne voit pas les cols blancs lancer des boulons sur des gendarmes mobiles qui n'en peuvent mais, alors que paraît-il, ceux-ci ont le blues comme tout le monde?

Les cadres seraient-ils heureux?

Non, car ce qui les caractérise souvent, ce serait plutôt la barre au front, la crampe d'estomac ou la migraine à force d'insomnie. Ce qui les gagne, les taraude, les paralyse, c'est l'angoisse devant le passif du Bilan, la courbe régressive de la Production, les souci devant le mécontentement permanent du personnel et le terrible monstre, présent comme un ange gardien malveillant, qu'on appelle le "Qu'en dira-t-on?", chaque fois qu'un obstacle se présente sur la route triomphale de Sainte Carriere!

Les cadres sont des hommes tout simplement: Bien qu'ils soient par nature, beaux, intelligents, riches (si,si) et en bonne santé (en principe), ils souffrent d'un mal terrible qui les distingue de l'animal:

Ils sont atteints par la peur, peur de mal faire, de ne pas faire, de ne pas réussir, de déplaire, peur de ne pas atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés

Bref les cadres sont comme tout le monde, ils ont du vague à l'âme. Et ce d'autant plus, que s'il est possible de parler de classe ouvrière, (de moins en moins d'ailleurs, sauf place du colonel Fabien), il est difficile de parler de la classe des cadres, tant l'exercice du commandement et de l'organisation, recèle des formes variées et les isole de leurs concitoyens et de leurs pairs.

Nous parlerons donc des cadres plutôt au singulier et ce d'autant plus qu'ils vivent leur avenir plus en terme d'aventure individuelle que de destin collectif.

Lorsqu'il rentre chez lui tard le soir (rentrer avant 20 heures serait mal vu, malgré les trente cinq heures) dans sa belle voiture, symbole de sa réussite sociale, Basile rumine des idées noires en son cerveau pourtant si bien fait, sur ses soucis, la dureté des temps et l'incommunicabilité des êtres. Dans son for intérieur, il se dit comme Lafontaine: "Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux."

Après une journée bien remplie, ce cadre supérieur (ils le sont tous par nature), est partagé entre deux sentiments contradictoires.

- Il voudrait bien avoir l'or et la grandeur, car nul n'en a jamais assez. Pour le moins, il aspire à un sommeil de plomb, alors que le sien est bien léger, ce qui ajoute encore à son anxiété.

-En philosophant sur le peu d'intérêt de l'aisance matérielle et du pouvoir qui fait de sa vie un Enfer, il éprouve une furieuse envie de se retirer loin du monde dans une île où il pourrait vivre à la Robinson Crusoé.

Basile est à la recherche d'une solution pour atténuer ses angoisses. Et bien que sa bibliothèque soit remplie d’ouvrages des éditions « organisations » consacrées au management, il ne trouve point son bonheur.  

 

POUR UN GUIDE ANTI-MALAISE A L'INTENTION DES CADRES

   

Efficacité zenAlors, faut-il que Basile s'applique le canon quelque peu démobilisateur d'Alain dans ses propos sur le bonheur? "Un des secrets du bonheur, c'est d'être indifférent à sa propre humeur."

Lui faut-il utiliser la méthode du docteur Coué "pensez et agissez joyeusement et vous serez joyeux"?

Doit il espérer trouver la sérénité dans la contemplation ou la prière, alors que la vie du cadre est aux antipodes de la vie monacale et qu’ayant déjà de la difficulté à tenir en place dans son bureau, il se voit mal rester des heures durant rester les fesses sur une stèle d’église à s’en donner des escarres?

Doit-on lui conseiller de s'inscrire dans un club de Yoga pour trouver les chemins de la sagesse orientale, avec comme précepte en tête : « sois zen et tais toi?

Pourquoi pas?

Mais avant de lancer Basile dans une recherche du Bonheur qui à toute chance de ressembler à l'impossible quête du Graal, on ne saurait trop lui recommander de "réfléchir avant d'agir", comme Plick et Plock les deux lutins de Christophe qui font tant de malices.

Il doit surtout comme tout organisateur avisé qu'il doit être en toutes circonstances, appliquer une méthode pour atteindre un si noble objectif et d'éviter ainsi de devenir un Sisyphe du Bonheur.

Dans ces conditions, quelle méthode utiliser pour être moins soucieux, moins stressé, moins sous pression? Quel guide du comportement efficace trouver, pour être plus détendu, plus calme, bref, plus heureux?

Des ouvrages en ce domaine, il n'en manque pas. (qui n'a pas dans sa documentation son manuel de programmation neurolinguistique ou d'analyse transactionnelle).

Il y a pléthore de stages de management pour retrouver en huit jours (quelle prétention!) équilibre et dynamisme, force et rayonnement. Les catalogues des consultants les plus divers, proposent, saut à l'élastique, marche sur cendres incandescentes, aventure dans les coins les plus perdus de la planète....

Autant faire une retraite à l'abbaye du Bec Helouin, c'est moins risqué! Encore qu'on ne rentre, sur le plan spirituel, jamais indemne d'une dose massive de silence et de chant grégorien.

Mais comme tout dispositif à la mode, ces ouvrages et ces stages comportent trois inconvénients majeurs.

Ils sont chronophages, souvent ésotériques et coûteux.

C'est pourquoi, il paraît plus productif de proposer au cadre parfois plus pressé qu'une chute d'eau ou qu'un lavement, un code de règles simples qui s'inspirent non pas de théories scientifiques mais de l'expérience des Anciens qui savaient mieux que nous, par des formules imagées se forger une conduite de vie et de l'exemple de ses pairs qui en proie aux mêmes difficultés s'efforcent de trouver le chemin si ce n’est du Bonheur au moins de la sérénité.

Avec un peu de prétention, (il en faut bien pour convaincre), on pourrait même les appeler "les dix commandements du cadre serein" et point n'est besoin d'une marche au mont Sinaï ou d’un pèlerinage sur les chemins de Compostelle pour les exposer:

 

1) Regarde toi dans ton miroir.

2) Si ta cravate ne te plait plus, change la.

3) Sache ouvrir ton parapluie.

4) Avant de manger du saucisson, découpe le en tranches.

5) Protège toi comme un sous-marin.

6) Quand le train est raté, prends le suivant.

7) Entretiens toi comme tu entretiens ton automobile.

8) Occupe toi des autres pour oublier ton nombril.

9) Perds du temps avec un violon d'Ingres

10) Sois fourmi plus que cigale.

Il n'échappera pas à l'observateur avisé qui lit ses commandements, qu'ils ont par delà leur étrangeté, un ton familier qui pourrait choquer le cadre en quête de réponses sérieuses à ses problèmes.

Il a semblé néanmoins à l’auteur qu’une littérature un peu concrète pouvait avoir des vertus pédagogiques plus marquées qu’un ouvrage plus abstrait, dont on supporte mal la lecture après une longue journée de travail.

 

"REGARDEZ VOUS DANS VOTRE MIROIR".

 

Narcisse Le premier d'entre eux est une invitation à l'introspection: Il concerne Geneviève qui ne peut pas entrer dans son bureau sans se précipiter sur son téléphone ou sa messagerie electronique, Odilon qui reçoit tant de monde dans la journée que le couloir qui jouxte sa porte a les allures des salles d'attentes des médecins les plus réputés de Paris.  

Il intéresse Mélaine qui à force de déplacements connaît mieux les aéroports qu'une hôtesse de l'air d'Air France et Raymond le forçat du" rapport à l'attention du Directeur" qu'on électronique chez soi, après le travail sous l'oeil agacé de l'épouse qui souhaiterait voir le chef de famille consacrer quelques minutes à ses enfants.

Alors que signifie cette invite?

Non, il n'est pas demandé au cadre de faire comme la reine, ennemie de Blanche-Neige, qui interrogeait sa glace en lui disant:" Miroir, miroir joli, suis- je la plus belle?". D'abord il risque d'avoir des surprises désagréables en écho à ce type de déviation narcissique et plus probablement de n'obtenir aucune réponse.

Il s'agit plus sérieusement de lui conseiller de prendre à intervalle régulier, le temps de poser son séant sur une chaise ou sur un fauteuil (c'est plus confortable), dans un but bien précis: faire le point.

- Ce véritable "devoir de s'asseoir", principe des équipes Notre Dame", réservoir de cadres en mal de religion, consiste d'abord à s'arrêter, ce qui n'est pas la vertu première du cadre à qui on pourrait dire ce proverbe sud-américain: "A tant galoper, tu vas finir par perdre ton poncho".

- Il vise dans un deuxième temps à faire retour sur soi-même. Sans aller jusqu'à la devise taoïste qui invite chacun "à trouver la voie", le cadre peut se dire comme en Corse qu'"à son propre pas on va loin".

Etre soi-même alors que le petit écran présente tant de modèles de réussite et de sagas séduisantes, c'est difficile, mais pour l'esprit indépendant qu'il doit être pour être efficace, "mieux vaut être oiseau libre que roi captif".

- Dernier volet de cette auto révision, il lui revient de réfléchir sur la difficile relation entre l'être et l'agir. L'Orient et l'Occident place en effet le cadre dans une situation pénible. Le premier lui rappelle qu'"au cou de tout homme est attaché son destin". Le second, aux antipodes de la prédestination et du "karma" lui susurre qu’on est que dans la mesure où on fait", ce qui n'est pas loin, dans une société qui mesure tout par la valeur marchande de la formule "tant vaut la bourse tant vaut l'être",

Quelques minutes de temps en temps pour réfléchir aux voies de son Avenir, est-ce trop demander au cadre qui parfois organise, standing oblige, son surmenage, mieux que l'activité ou le service dont il est responsable.

Cadres ballottés par la vie quotidienne rappelez vous: "Regardez vous dans votre miroir"

 

SI VOTRE CRAVATE NE VOUS PLAIT PLUS, CHANGEZ LA.

 

cravateLe deuxième commandement tire son origine de la sagesse paysanne: Il s'adresse aux mécontents de tout poil, qui dans l'entreprise participent par leurs propos délétères, à l'atmosphère de morosité pernicieuse qui bloque les enthousiasmes plus sûrement que l'annonce d'une catastrophe:

Lucien se plaint du patron de son entreprise dont il critique les choix stratégiques qui vont, c'est sûr la couler en peu de temps. Que n'a-t-il un peu de capital pour prendre le contrôle de la société?

Alix vitupère sur l'Administration qui l'emploie et qui multiplie sans l'écouter, pauvre Service Public, les exploits courtelinesques. Que n'est-il ministre pour changer tout ceci?

Guillaume aurait un bon job s'il n'avait pas à supporter les caprices de son chef qui s'ingénie à lui rendre la vie impossible au lieu de le laisser agir.

Paulin travaille comme un forçat, mais sa femme vous l'a dit à l'occasion d'une délicieuse soirée de l'Amicale des Cadres, il ne se sent pas reconnu par sa hiérarchie lourde, pesante et inefficace par définition.

Tatiana attendait une promotion, mais la place lui a été soufflée par un pistonné incompétent, d'après l'axiome selon lequel toute nomination est due à la compétence quand on en bénéficie et à la perfidie des autres quand elle vous passe sous le nez.

En entendant cette litanie morose, Usbeck ou le Huron pourraient se dire en débarquant sur la planète des cadres que leurs lieux de travail sont des terres de malheur peu fréquentables.

Or, chacun de nos protagonistes au lieu de se plaindre, ferait mieux de labourer leur sol avec le bon soc.

Qu'est-ce à dire?

Tout simplement, qu’il convient d'avoir une activité en rapport avec ses goûts." Besogne qui plait est à moitié faite" dit-on. Ou bien il faut se dire comme écrivait Bussy Rabutin à la marquise de Sévigné:"Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a."

D'avoir recherché le bon créneau bien rémunéré, qui correspond à ses potentialités n'évitera certes pas, la tyrannie hiérarchique (à quelque niveau qu'on se trouve on a toujours un chef), la jalousie des collègues ni la rancoeur des subordonnés.

Mais le cadre qui bien renseigné sur son métier, l'embrasse avec ardeur sinon avec passion risque bien d'être "un bon ouvrier jamais trop chèrement payé".

On objectera qu'en période de sous-emploi, la proposition est facile et désinvolte, que faire ce qui plait relève de l'utopie et qu'il faut travailler pour vivre.

Certes, mais qui plus que le cadre dans une société toujours plus demandeuse d'organisation donc d'encadrement, peut user de la liberté de changer de travail plutôt que de se diminuer à force de cultiver son capital d'aigreur?

Sans changer d'emploi ou de métier comme de chemise, ce qui n'est pas recommandé, il convient de sauter le pas chaque fois que la pression du quotidien met en opposition le cadre avec son environnement au point de ne plus voir que le pôle négatif de on activité.

Etre libre, qu'il use de cette liberté pour atteindre une activité qui l'anime et le grandit. Il n'en sera que meilleur maître en rendant les meilleurs services dans l'organisme, l'administration ou l'entreprise, qu'il aura choisi.

Cadres aigris dans votre travail, rappelez vous:" Si votre cravate ne vous plait plus, changez la."

 

SACHEZ OUVRIR VOTRE PARAPLUIE.

 

Le parapluieLe troisième commandement est tiré d'une nécessité d'ordre climatique: Il ne vise évidemment pas à concurrencer le commerce de gabardines en faisant des adeptes de ces élégantes protections qu'on ouvre au risque d'éborgner les passants chaque fois qu'Eole a décidé de nous arroser en amassant force nuages sur nos têtes.

Il a pour objectif de débarrasser le cadre de cette idée fort répandue que "l'Enfer, c'est les autres", alors que les tensions avec autrui sont les rejetons naturels et nécessaires de la vie en collectivité:

- Remi ne dort plus. Il nourrit sa rancoeur contre les comploteurs qui, c'est sûr, veulent nuire à ses intérêts. Pourquoi cette perte de sommeil qui assombrit ses nuits et donc ses jours?

Marcel son supérieur hiérarchique, lui a refusé la promotion à laquelle il aspirait. Il dort encore moins depuis qu'il a appris qu'on lui a préféré Yvette, cette intrigante de haut vol qui masque son incompétence par l'arme féminine de choc, l'offensive de charme.

Pour un cadre au masculin, un peu de misogynie, même à l'heure de la parité, n'a jamais fait de tort à personne et permet de considérer comme adversaire déclaré cinquante pour cent du genre humain.

Yvette a en fait gagné deux fois. Elle tient sa promotion, elle obsède en permanence le cerveau de Marcel qui pendant ce temps, n'est plus à même de gérer ses projets dans la sérénité et en toute lucidité comme il en avait l'habitude.

-Marius le chef du personnel, n'en peut plus: Passe encore de perdre son temps en réunions houleuses avec les représentants des syndicats qui menacent de faire cesser le travail au personnel pour de médiocres considérations sur le pouvoir d'achat ou les conditions de travail.

Pourquoi pas non plus, subir les récriminations des cadres qui gémissent sur leur manque de moyens pendant qu'il encourt lui- même les reproches du directeur général devant l'augmentation excessive de la masse des salaires.

Mais que Nina sa collaboratrice directe, qu'il a toujours soutenue, à qui il a appris le métier et qui lui doit sa dernière progression dans la hiérarchie, bref que sa protégée se répande dans les couloirs en critiquant son aptitude à la négociation, alors il ne supporte plus.

"Quel serpent n'ai-je pas réchauffé en mon sein?" se dit-il avec des accents raciniens dans la voix.

Quels remèdes leur proposer?

Certainement pas de se venger ni de développer une rancune tenace qui assombrit l'esprit et enlève de la lucidité au décideur quand il doit déterminer une stratégie.

L'ordonnance médicale pour se guérir de ce type d'affection tient en deux remèdes:

- Avoir en mémoire ces saints mots venus d'Orient:"Les chiens aboient, la caravane passe". Si décidément le goût pour les expressions du terroir est plus fort, il est conseillé de se comparer à une toile cirée sur laquelle les pets glissent aussi bien que l'eau ou encore à la rivière qui"suit son cours sans s'occuper de la berge."

Ces proverbes hygiéniques, il faut les cultiver quand les nuages lourds de l'hostilité menacent. Ils sont les meilleurs parapluies contre les critiques, l'ingratitude et le sentiment du "complot mené par les autres pour me nuire" qui gâchent la vie quotidienne de bien des cadres, altèrent le bon climat des organisations et diminuent leur efficacité.

-Deuxième pan de l'ordonnance, oublier le bouclier des relations hiérarchiques et d'autorité pour entendre la critique qui a toute chance de devenir un conseil intelligent si "l'autre" ne se sent pas attendu au coin du bois dés qu’il aura exprimé une opinion divergente. "Avoir toujours raison, c'est un grand tort" écrivait Edgar Faure à la fin de sa vie.

Il faut savoir ne pas se réfugier dans son bunker, mais s'exposer au regard des autres dés que le temps est meilleur.

Cadres démoralisés par la critique, n'oubliez pas:" Sachez ouvrir votre parapluie."

 

AVANT DE MANGER DU SAUCISSON, DECOUPEZ LE EN TRANCHES.

 

IMG 0424 - CopieLe quatrième commandement intéressera les amateurs de charcuterie: l'aventure qui suit permettra de comprendre le sens de cette formule étrange.

Agnès et Sébastien sont partis en pique-nique avec leurs enfants dans la forêt de Fontainebleau. Un grand bol d'air forestier et une bonne bouffe campagnarde, quoi de mieux pour vous remettre des fatigues de la semaine!

Catastrophe, pour découper le délicieux saucisson qui leur met l'eau à la bouche, pas de couteau. Edmond n'a d'autre ressource que ses dents pour entamer l'aliment. Mais celui-ci bien sec et compact résiste à l'assaut des canines.

Edmond fait si bien qu'il s'en abîme la mâchoire et n'arrive qu'à déchausser la couronne de la canine droite inférieure que son dentiste avait eu tant de mal à lui poser la veille.

Ce qui devait être une fête se termine en drame familial sur fond de récriminations. L'un critique l'impréparation d'un pique-nique sans couteau, l'autre s'indigne du fait qu'on puisse utiliser des procédés de découpages dignes d'hommes préhistoriques, au seul motif qu'on préfère le saucisson au jambon.

Les soucis, les échecs, les difficultés se présentent ainsi, en bloc solide et compact inaltérables à la réflexion.

Or, plutôt que de les prendre à pleines dents, il convient de les découper en tranches plutôt que de les affronter massivement.

Pour affronter un problème qui lui irrite le bulbe au point de nécessiter une cure d'aspirine, terreur de l'estomac, le cadre pourra utiliser la méthode du saucissonnage:

- Rechercher de la nature des faits qui ont provoqué la difficulté à résoudre. Lorsque l'inondation atteint la maison, le paysan chinois cherche si son origine provient du toit dont le vent a pu soulever les tuiles ou de la crue de la rivière. Dans le premier cas, il prend l'échelle pour réparer les dégâts, dans le deuxième, il prend les jambes à son cou.

- Mesurer l'enjeu de la difficulté et du risque qu'elle génère tant pour la collectivité que pour le cadre lui-même.

Le marcheur fatigué voit dans la moindre colline, une montagne infranchissable. Avec de bonnes chaussures, une carte et une boussole, le randonneur traverse l'Amérique- Examiner sans complaisance les solutions et le choix de la meilleure à ses yeux. Avant de prendre le bon appât pour prendre le poisson, le bon pêcheur n'a pire procureur que lui-même.

 

- Après la décision, exécuter celle-ci sans regarder en arrière et sans état d'âme. Lorsque la bataille est commencée, le général qui veut la victoire ne saurait sonner la retraite. Il faut charger sans faiblesse face à l'ennemi qui vous menace.

Cadres rongés d'anxiété gardez en mémoire cette formule: "Avant de manger du saucisson, découpez le en tranches." .

 

"PROTEGEZ VOUS COMME UN SOUS MARIN".

 

Le sous marinLe cinquième commandement est un emprunt tiré des guerres navales modernes:  

Il ne s'agit pas d'une invitation à l'hypocrisie ou à la guerre secrète. L'entreprise, n'est pas un service de contre-espionnage, même si l'exercice des fonctions d'encadrement, requiert souvent de la discrétion et parfois nécessite le secret.

Il s'agit plutôt d'une invitation à organiser sa vie en compartiments étanches pour mieux se protéger des agressions de la vie quotidienne:

-Denis ne comprend pas. Il a beau disposer d'un superbe organiseur dont on lui a fait cadeau lors du dernier stage de gestion du temps qu'il a suivi aux Etats-Unis ( Il n'y a que dans la Silicon Valley qu'ils valent d'être vécus), il a beau avoir mis en place un superbe échéancier pour ses collaborateurs qui tremblent à l'idée de ne pas le respecter, il est toujours fébrile et court après les minutes pour réaliser son programme de la journée.

Denis est vulnérable parce qu'en vingt-quatre heures, il voudrait voir réalisé ce qu'il a prévu pour le mois et qu'il a oublié qu'à chaque jour suffit sa peine.

S'il se penchait sur la tache de la journée en oubliant le passé et l'avenir, il ne subirait pas cette pression qui ne sert qu'à échauffer la bile.

De toute façon, par un point il ne passe qu'une seule droite, par le goulot du sablier, il ne passe qu'un grain de sable à la fois. Denis ne pourra jamais faire qu'une tâche à la fois.

- Il est des spectacles qui laissent rêveurs. Le bureau d'Yvonne est devenu avec le temps une montagne de papier, qui d'ailleurs comporte des zones avalancheuse lorsqu'on se risque à récupérer sous une pile un dossier que l'on croyait enterré et que le Malin place soudainement sous les feux de l'actualité.

Faute d'ordre, principe de base de l'organisation, Yvonne chaque matin est prise de découragement devant l'ampleur de la tache à accomplir. Son bureau la renvoie à ses angoisses.

Au lieu de s'atteler aux travaux dans l'ordre d'importance, elle fait baisser fiévreusement le niveau des instances pour aplanir la montagne qui s'accumule devant elle et dont la présence lui signifie chaque soir ses insuffisances.

 

Cette montagne, elle la garde dans sa tête le soir après le travail, elle constitue son programme inaccessible du lendemain. Son ombre portée hantera ses rêves alors qu'elle gagnerait beaucoup de tranquillité et de temps à fixer elle même ses échéances du lendemain.

Yvonne a besoin de prendre un bon tamis pour traiter ses affaires et laisser les moins importantes à ses collaborateurs. A se charger de tout, elle s'épuise et ne se repose jamais, et ce d'autant plus qu'elle n'hésite pas à emporter du travail à la maison. Yvonne ne sait pas mettre une cloison entre le métier et la maison. Son équilibre est en danger.

Cadres fébriles et surmenés n'oubliez pas: Protégez vous comme un sous-marin.

 

QUAND LE TRAIN EST RATE PRENEZ LE SUIVANT:

 

IMG 0430Ce sixième commandement est une incitation faite au cadre à tourner la page et à assumer les situations qu'il n'est pas en mesure de maîtriser:

Alain est furieux contre le monde et lui-même. Il a couru après le bus, couru dans les couloirs du métro, pourfendu à toute vitesse la foule des voyageurs de la gare de Lyon.

Mais c'est la rage au coeur qu'il a vu le fanal rouge du train qu'il devait prendre le narguer en s'éloignant à jamais.

Il tempête sur le quai, rouville ses regrets au zinc du bar de la gare en buvant un café qui achève de l'exciter:

Tous ses sont ligués contre lui pour lui faire rater son train.

Collaborateurs toujours enclins à lui poser des problèmes sans lui proposer de solutions, clients trop exigeants qu'il faut recevoir pour écouter leurs doléances, fournisseurs en quête de commandes et de marchés pendus à son téléphone, secrétaire absente pour cause de grippe. (a croire que le virus ne frappe que les catégories inférieures de la hiérarchie), etc...

Non content de s'être ménagé une bonne séance de sudation et d’avoir fatigué son coeur inutilement, Alain en rajoute en pleurant sur lui comme sur la misère du monde.

Or, toute cette contrariété ne sert qu'à lui barbouiller l'estomac sans avancer l'heure du train suivant.

Contre ce sentiment dévastateur qui consiste à revenir sans arrêt sur les échecs ou les erreurs qui jalonnent la vie d'un cadre, il faut apprendre à tirer un trait sur le passé pour éviter d'en faire un envahisseur.

Le monde rural s'est nourri, des siècles durant, de sentences qui aujourd'hui sont faciles à retenir même dans les bureaux aseptisés des décideurs.

Ceux qui préfèrent l'élevage pourront graver dans leur mémoire: Quand la jument est sortie, il n'est plus temps de fermer l'étable" ou "Inutile de gronder le chat, quand le pot de lait est renversé".

Ceux qui ont un penchant pour l'agriculture retiendront l'inévitable "Quand le vin est tiré il faut le boire". Mais les primaires, (même chez les cadres, il y en a) préfèreront certainement: "A pisser contre le vent, on mouille sa chemise."

Cadres envahis par le remord des erreurs passées, ayez en tête:" Quand le train est raté, prenez le suivant."

 

ENTRETENEZ VOUS COMME VOUS ENTRETENEZ VOTRE AUTOMOBILE.

   

auto ancienne"Mens sana in corpore sano," un esprit sain dans un corps sain disait le poète latin. Ce septième commandement n'a rien de très original. Et pourtant l'histoire de Maxime montre à quel point est difficile la relation du corps et de l'esprit:

Maxime est un bourreau de travail. Il épuise ses collaborateurs à qui il voudrait bien imposer ses horaires quotidiens qui, standing oblige, ne sauraient être inférieurs à 12 heures. Après tout, le P.D.G. l’a considéré comme cadre dirigeant et dans ses conditions, il ne saurait faire comme tout le monde en utilisant la « R.T.T. »

Quant aux vacances, il les tient comme une dangereuse conséquence des propos subversifs de Paul Lafargue préconisant "le droit à la paresse". " Avec des mauvais coups comme ceux-la dit-il, nous sommes à genoux devant les Japonais."

Comme la vie ne saurait toujours être une vallée de larmes et que Maxime ne saurait toujours gagner son pain à la sueur de son front, il s'offre des compensations: Cafés, cigarettes, bons repas bien arrosés, soirées nombreuses, qui le maintiennent dans un état d'excitation permanent et lui donne l'illusion que son corps est une enveloppe éternelle qui n'existe pas.

Tout cadre se reconnaîtra peu ou prou dans la capacité de Maxime à brûler la chandelle par les deux bouts. Depuis Platon, l'esprit ce démiurge orgueilleux, méprise le corps qui tôt ou tard rend grâce et baisse pavillon plus ou moins brutalement.

Maxime ferait mieux d'éviter de considérer le repos comme une perte de temps intempestive. Plus frais, il en gagnerait et en ferait gagner à ses collaborateurs.

Pour tempérer la tentation stakhanoviste qui sommeille dans l'esprit du cadre il est donc recommandé de respecter plusieurs préceptes:

- Graver dans sa mémoire le vieil adage: "Qui veut voyager loin ménage sa monture" en n'oubliant pas qu'une carrière professionnelle, c'est plus une course de fond qu'un sprint.

 

- Gagner du temps à se détendre régulièrement et se reposer en prenant ses congés. Le cadre doit se souvenir que les cimetières sont remplis de gens indispensables.

- Préférer la détente douce telle la musique, la marche ou le vélo (en plaine) aux activités brutales qu'on souhaite embrasser avec l'espoir insensé de retrouver les performances physiques de sa jeunesse.

Combien de fractures, de lésions musculaires, voire de malaises cardiaques à force de jogging, de marathon et de triathlon faudra-t-il, pour que les quarantenaires courant à reculons après leur âge, cessent de s'épuiser en criant un dérisoire:"Ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait", avant de filer chez le médecin ou de goûter les charmes de l'hôpital. Pauvre Sécurité Sociale!

On ne transforme pas un baudet en cheval de course. Il est illusoire d'espérer les performances d'une Formule 1 avec une voiture de tourisme.

En faisant la sieste, en écoutant de la musique, même si elle n'adoucit pas toujours les moeurs, en lisant un livre qui peut parfois provoquer de grandes émotions, le cadre ne contractera jamais de tendinite ni de mal de dos ( la maladie du siècle). Le tennis, le golf non content de coûter cher peuvent donner les deux, plus le goût amer de la défaite qui gâche une journée plus sûrement qu'une affaire ratée.

Dernier volet de cette leçon d'entretien, et bien que pour beaucoup de cadres obsédés par la gestion du temps ce soit une perte de temps, le sommeil doit être considéré par eux comme une antidote à toutes les tensions.

Et si le sommeil fuit le cadre qu'il n'ajoute pas à sa tension qui l'empêche de dormir, la peur de l'insomnie.

Il y a dans les bibliothèques assez d'ouvrages ennuyeux pour éviter le recours aux neuroleptiques! De plus la lecture entretient le cerveau, qui après tout est un organe vital du corps humain.

Cadres fatigués, ayez en tête ce conseil: Entretenez vous comme vous entretenez votre automobile.

 

OCCUPEZ VOUS DES AUTRES POUR OUBLIER VOTRE NOMBRIL.  

  

Aider les autresCe huitième commandement n'est en aucun cas contradictoire avec le premier. Il vise à casser la bulle de verre que sécrète naturellement autour de lui-même le cadre à force de ressasser dans sa tête tous les problèmes qui l'assaillent.

Achille s'extasie sur Estelle. C'est la première fois qu'il rencontre un chef du personnel, pardon, un gestionnaire des ressources humaines aller à son bureau en sifflotant.

Comme si c'était un plaisir de recevoir les délégués syndicaux qui réclament avec des accents guerriers, des augmentations de salaires, une joie d'assurer l'évaluation des personnels et de sanctionner éventuellement les agents défaillants, une grâce de répartir "les moyens" entre les différents chefs de service qui mesurent leur cote en fonction de l'importance de leurs effectifs!

Toujours sur le front, elle garde en toutes circonstances, calme et bonne humeur, alors qu'elle devrait être effondrée à la fin de ses journées qui dépassent allégrement le tour du cadran.

Mais ce qui étonne Arsène par dessus tout, c'est de la voir participer aux activités d'une ribambelle d'associations qui ne manquent pas de lui demander sa collaboration tant elle sait mettre compétence et professionnalisme dans ses activités bénévoles.

Le lundi, c'est le Secours Catholique, le Mardi Amnesty International, le Mercredi l'Association des Paralysés de France etc...

Il sait bien qu'elle est célibataire, mais les journées n'ont que vingt-quatre heures et il faut bien faire ses courses de temps en temps.

Le secret d'Estelle, c'est qu'elle a choisi d'écouter les autres avant de s'écouter elle-même. Elle met un point d'honneur à servir avant d'être servie, ce qui lui confère beaucoup de rayonnement sinon de joie. Propos de Bonne soeur, dira-t-on? Non, sage précaution personnelle que l'activité philanthropique d'Estelle.

Cadres trop préoccupés de vous même, conservez en mémoire l'exemple d'Estelle et pensez-y: "Occupez vous des autres en oubliant votre nombril."

 

PERDEZ DU TEMPS AVEC UN VIOLON D'INGRES.

 

 Le violon d'IngresCe neuvième commandement est la suite logique des précédents. Il vise à développer une saine hygiène mentale en libérant la tête du cadre toujours pleine comme un oeuf à coup de projets, de tensions, de soucis qui le minent et accaparent ses nuits et ses jours. Partant de l'idée simple mais révolutionnaire que tout être humain ne saurait penser qu'une seule chose à la fois, tout cadre surmené devrait en dehors de son travail, bien entendu, se livrer à son passe-temps favori pour se libérer et se reposer l'esprit.

Alain, brillant ingénieur système, responsable de l'automatisation d'une grande société de commerce international, s'est depuis quelque temps, retrouvé une santé.

Quel est son remède miracle, les allumettes. Cette passion n'a pas pour but d'assouvir une quelconque perversion pyromane, mais plus pacifiquement de fabriquer des réplique de monuments.

A ses débuts, il s'est contenté d'édifices à l'architecture simple telle que la maison carrée de Nîmes. Puis il s'est enhardi avec les arènes de la même ville. Et depuis son retour d'Inde où il a passé ses vacances, il s'est mis en tête de réaliser le temple de Taj-Mahal merveille de complexité architecturale de l'Inde des maharadjas.

 

Voyant d'ailleurs que son innocente passion provoque le grossissement anormal de son budget allumettes, il a monté un projet pour se faire sponsoriser par la SEITA.

Après tout, cette marotte coûte moins cher que le financement d'un catamaran qui se brise aux premiers assauts de l'Océan et il faut bien des mécènes pour financer les lubies artistiques de nos concitoyens!

Il sait bien qu’avec ce loisir, il ne changera pas le monde, mais il se dit qu’au moins son activité consommatrice d’allumettes est moins défavorable à l’environnement et à la santé que s’il passait son temps à griller des cigarettes.

Ce n'est là qu'un exemple. Il en est bien d'autres: aéromodélisme, peinture du Dimanche, concert dans les Maisons de Retraite ou les Maisons de Jeunes, (La nature du spectacle devra sans doute être différente), collections de toupies, d'étiquettes de vin, bricolages divers réservés aux personnes disposées d'un certain savoir-faire etc...

Cadres sujets à la morosité pendant les temps de repos, passez à l'action: Perdez du temps avec un violon d'Ingres.

 

" SOYEZ FOURMI PLUS QUE CIGALE."

 

La cigale et la fourmiLe denier commandement traite d'un sujet qu'un ouvrage entier ne suffirait pas à épuiser. Comme tous les êtres humains, le cadre a en effet, des rapports complexes avec l'argent parce que s'il sait bien que si l'argent ne fait pas le Bonheur, il y contribue:

Maurice ne comprend pas. Il se souvient du temps où étudiant, tirant le diable par la queue, il arrivait tout de même à économiser quelques sous qu'il déposait fièrement sur son livret de caisse d'épargne en fin de mois.

Or, maintenant qu'il est devenu un cadre confirmé, recherché par les chasseurs de tête, et bien rémunéré, il vit pourtant des fins de mois difficiles.

Il subit en effet, le harcèlement des créanciers de tout poil qui s'ingénient à troubler sa vie domestique au moment où , responsabilité oblige, sa vie professionnelle lui réserve déjà une kyrielle d'ennuis de toutes sortes.

- Un jour, le fisc le rappelle à ses devoirs de citoyen contribuable par des avis d'imposition qui n'ont rien de billets doux: Tiers provisionnel, taxe d'habitation, taxe foncière, redevance audiovisuelle, vignette automobile creusent à intervalle régulier le trou du budget familial.

- Un autre jour, c'est la ronde infernale des prélèvements bancaires qui mettent en négatif un compte plus sûrement qu'un gros chèque : facture E.D.F., note de téléphone, crédit immobilier, crédit à la consommation, et pension alimentaire que l'ex-épouse ne manque jamais de faire réviser par le juge des affaires matrimoniales, s'accumulent comme de gros nuages sur un compte déjà bien mis à mal.

- Dernière calamité, la carte bleue, sésame moderne de la dépense inconsidérée, achève de mettre le budget dans le rouge.

En fin de compte, Maurice constate à ses dépens que l'argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître, et qu'il est aussi volatil que l'éther.

Il n'entre pas dans les prétentions de ces quelques lignes d'apporter des solutions aux soucis financiers de Maurice. Lui seul peut trouver les postes de dépense à réduire.

Néanmoins pour devenir fourmi plus que cigale tout en conservant avec tact et modération son goût pour la fête, il est proposé au cadre de gérer son budget comme celui de son entreprise.

Cette gestion professionnelle repose sur quatre principes:

- établir un budget avec des priorités, des provisions pour imprévu, une dotation aux amortissement etc..

- exécuter ce budget en notant les dépenses sur un cahier ad hoc. Inscrire ses dépenses, c'est le premier moyen de les limiter.

- En cas de gros investissement, il est nécessaire non seulement de chiffrer la dépense par écrit mais de calculer son incidence sur les dépenses de fonctionnement.

Décrire un projet avec ses incidences financières, c'est s'auto administrer une douche froide qui guérit parfois de bien des tentations. Encore vaut-il mieux, pour une fois se doucher avant de tomber dans la boue du surendettement qu'après!

Qu'il est sage celui qui sait ne pas péter plus haut qu'il n'a le derrière.

- Le dernier conseil est un impératif catégorique que les joueurs considèreront avec mépris: Le jeu n'en vaut pas la chandelle et ne sert qu'à enrichir l'Etat, les sociétés de course et les casinos.

En refusant de jouer pour renflouer ses finances mises à mal par tant d'adversaires, le cadre épargnera et son porte-monnaie son coeur. S'il joue, il risque de perdre et la bourse et la vie.

Cadres pris par le miroir aux alouettes de la consommation, pénétrez vous de cette idée que bien des Etats devraient prendre en compte: Soyez fourmi plus que cigale.

 

CONCLUSION: SOURIEZ VOUS ETES FILME

 

souriez.jpgDans son entreprise, dans son administration, le cadre qu'il le veuille ou non est un phare. Il est en vue de tous à l'intérieur comme à l'extérieur. Que la lumière du phare palisse et c'est toute la visibilité de l'organisme pour ses clients, ses fournisseurs, ses administrés et les citoyens qui est compromise.

Il en est de même pour les collaborateurs qui ne sauraient travailler en aveugle.  

Me dira-t-on, le cadre a toutes les raisons de voir la vie en noir:

François sort d'une journée jalonnée par les mauvaises nouvelles. Sa société vient d'être rachetée et des rumeurs de licenciement des cadres circulent. L'entreprise concurrente vient de lui souffler un contrat sur lequel il travaillait depuis un mois et par dessus le marché, la dernière commande ne sera pas livrée au client dans les temps, ce qui entraînera des pénalités de retard alors que les marges de profit sont si faibles.

Prostré dans son canapé cuir peau de buffle devant le poste de télévision François commet l'erreur de regarder les informations. Il se dit que décidément Jean Ziegler le révolté du Parlement suisse a raison: le monde est un charnier.

Le journal de vingt heures, la presse quotidienne lui rappellent chaque jour les malheurs de l'humanité, les drames des peuples victimes de la guerre et de la faim. Des quatre coins de la planète, lui parviennent des nouvelles de violence qui n'incitent guère à l'optimisme sur l'avenir de l'homo sapiens qui semble né pour détruire ses pairs.

Mais cette accumulation de catastrophes alimente plus son pessimisme naturel qu'il ne provoque un sursaut. Pire, elle démobilise et renforce sa tentation du repli sur soi

Les morts du Bangladesh ou de Philippines après chaque typhon, la guerre en direct entre les Serbes et les Croates dont peu de gens comprennent les haines ancestrales, l'impasse de la situation au proche orient, le pousseraient plutôt " à cultiver son jardin" pour oublier l'agitation homicide du monde qu'à jouer les Bernard Kourchner.

Un vague sentiment de Solidarité voire de culpabilité l'incitera de temps en temps à faire un chèque mais à quoi bon? pense-t il tristement.

Les malheurs du monde se surajoutent aux siens pour finir d’assombrir ses pensées. Or, ce coup de cafard autodestructeur de François est interdit au cadre qui au sein d'une Société a pour rôle de la faire fonctionner sans trop d'état d'âme et doit considérer pour rester efficace qu'il est inutile de se tourmenter sur ce sur quoi il n'a pas prise.

C'est pourquoi, sans tomber dans le travers de "Pangloss", héros dérisoire du Candide de Voltaire) qui estimait que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, il est recommandé au cadre de remiser dans le fond de sa mémoire, les malheurs des temps et ceux qui le frappent en retenant trois paroles de sagesse.

- La première permet de se retourner quoiqu'il arrive: " A quelque chose malheur est bon". Elle s'allie souvent à l'expression tirée de madame de Ségur." Après la pluie le beau temps".

- La deuxième est l'ancêtre de l'expression moderne: Le pire n'est jamais sûr"." Il vaut mieux souffrir que mourir "

- La dernière est un appel à l'action qui suit les temps de détresse. "Ni les regrets ni les larmes n'ont jamais nourri personne."On peut d'ailleurs l'enrichir d'une formule plus positive:" Le labeur fait sécher les pleurs".

Si le cadre regarde plutôt la face dorée du décor, il se déridera, rayonnera en oubliant les états d'âme et tout sera transformé: Sourire et Rire sont aussi communicatifs que la morosité.

Sourire c'est non seulement moins fatiguant pour les muscles zygomatiques, moins créateurs de rides signe de vieillissement précoce, mais c'est rentable:" Un coeur en joie est un filtre qui fait de l'or" dit un proverbe indien. Alors, cadres, souriez, vous êtes filmés!

 

Frédéric Buffin. Ancien directeur d'organismes sociaux.Frédéric Buffin

 

 

 

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Frédéric Buffin - dans Management
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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 15:52

Quelques conseils de #management  pour faire baisser à coup sût la productivité de l'organisme que vous dirigez

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 11:14

Le #management   par les proverbes.
 
De l’utilité du proverbe pour le dirigeant d’aujourd‘hui.
 
Comme les manuels d’éducation pour jeunes filles au XVIIè siècle ou les traités de psychologie pour enfants dans les années 1960, les ouvrages consacrés aux cadres en mal de formation, fleurissent sur l’étalage de nos librairies.
 
Tous les thèmes qui concernent l’organisation des entreprises et des services publics en tant que collectivité humaine y sont abordés : gestion des ressources humaines, gestion du temps, conduite des hommes…et des femmes, communication interne et externe, qualité et contrôle, culture de l’entreprise, pratique de l’audit et du « reporting » franglais oblige….
 
Rédigés par d’éminents spécialistes, consultants ou chefs d’entreprise, ces livres ne sont pas conçus en forme de doctrine. Ils visent l’efficacité à partir d’expériences vécues et de schémas théoriques qui ont subi depuis longtemps l’épreuve des faits. Leur lecture apporte une réflexion et un support intellectuel utile au gestionnaire désireux de prendre du recul sur sa pratique quotidienne. Ces ouvrages constituent d’utiles ouvrages de référence pour qui veut faire évoluer son entreprise ou son service en prévision de l’avenir. 
 
Mais la multiplication de ces nouveaux guides du comportement efficace, a de quoi inquiéter le lecteur qui parfois est aussi circonspect devant la variété des titres que la ménagère peut l’être face aux rayons des fours à micro-ondes de nos grands magasins. Comment en effet choisir le bon ouvrage ou le bon auteur ? Peut on trouver version management, un nouvel « Emile » rédigé par un nouveau Rousseau, (même si ce dernier tout en glosant doctement sur l’Education, ne manqua pourtant pas d’abandonner ses enfants selon la devise, « faîtes ce que je dis, pas ce que je fais ») ?
 
Face à l’abondance de l’offre éditoriale, le manager en herbe est contraint de remplir sa bibliothèque d’ouvrages coûteux qu’il a peu de chances de lire faute de temps.
 
Et pourtant que d’économies feraient les dirigeants sur leur fonds de documentation si s’appliquant le principe oh combien moderne de Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée »,  ils cherchaient les principes et les méthodes de commandement dans ces paroles des Anciens que sont les proverbes.
 
Conseils sortis de la nuit des temps, il en est de brutaux (œil pour œil, dent pour dent, même si la loi du talion a été un grand progrès pour l’humanité en établissant la proportionnalité de la peine par rapport à la faute) ; certains sont d’un réalisme épais (on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, version culinaire du principe selon lequel la fin justifie les moyens). D’autres fort heureusement sont plus pacifiques (un mauvais accommodement vaut mieux qu’un bon procès.)
 
Certains visent à la propagation d’une saine morale civique (qui vole en œuf, vole un bœuf.) Certains autres dépeignent la condition humaine sous un jour bien noir (les hommes sont comme les melons, sur six, il y en a un de bon.) Il en est fort heureusement de plus optimistes. (A cœur vaillant, rien d’impossible ou bon sang ne saurait mentir ! quoique ce dernier soit fort aristocratique et peu seyant dans une société démocratique qui met le principe d’Egalité à toutes les sauces tout en tolérant les pires inégalités.
 
Bref , le proverbe s’occupe de tout . Il s’immisce partout. Il se mêle de tout ce qui concerne la vie des hommes en société.
 
Si donc le proverbe était utilisé pour le management, voici quels avantages pourraient en tirer nos dirigeants :
 
- Il a pour mérite d’être court et tient le plus souvent dans une formule : C’est important pour les cadres obsédés par la gestion du temps : En effet chacun sait  que « le temps perdu ne se rattrape jamais » Tout leader sait qu’ »on croit user le temps alors que c’est le temps qui nous use. » Au contraire, « qui gagne du temps, gagne tout. »
 
- Il a des vertus pédagogiques (nous restons toute notre vie de grands enfants et dans l’entreprise, nous ne sortons jamais de la cour d’école.) En ce sens, il exprime une vérité facile à comprendre, aussi bien pour le polytechnicien que pour l’agent d’exécution. Toujours plus lisible et expressif et qu’un graphique ou une statistique, il se retient aisément. Certes « les grands discours font les longs jours, » mais tout le monde comprendra que tant pour l’entreprise que pour le service public, « qu’en toute chose, il faut considérer la fin et qu’il n’y a que le résultat qui compte. »
 
- Il est démocratique, du fait qu’il reflète la sagesse populaire et qu’il est d’usage très commun. Il transcende les barrières sociales. Il n’est ni le produit de littérature patronale, ni le fruit du discours prolétarien, qui d’ailleurs a perdu beaucoup de sa superbe depuis la chute du mur de Berlin. Le proverbe est unifiant et consensuel selon la doctrine des mousquetaires (un pour tous pour un.
 
- Il est économique puisque, situé depuis longtemps dans le domaine public, son usage n’implique aucune rémunération de droits d’auteurs auprès de la SACEM ou autre société spécialisée. Tout gestionnaire sérieux ne peut qu’être sensible à cet argument selon les principes « un sou c’est un sou » et il n’y a pas de petites économies. Et puis freiner les dépenses de documentation dont les trois quart ne servent à rien d’autres qu’à encombrer les rayonnages des bureaux de ses collaborateurs ne peut être tout à fait mauvais.
 
- Le proverbe n’en a pas moins de vertus culturelles. Il provient souvent de monuments de la pensée humaine (L’Iliade et l’Odyssée, la Bible, le Coran, etc.. Nombres d’ouvrage de management prétendent qu’il n’a de bon dirigeant que cultivé. C’est donc un bon argument à prendre en compte. Mais attention, « la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. »
 
- Le proverbe est pragmatique parce qu’il est l’écho de l’expérience. Il est constat empirique à l’opposé d’une doctrine théorique. « c’est en forgeant qu’on devient forgeron. L’expérience est mère de science, savoir c’est pouvoir » Or, c’est cette qualité d’être versé dans le réel qui importe au chef  en quête d’influence sur l’organisation qu’il dirige, plus qu’une somme de courbes et de graphiques.
 
- Enfin le proverbe est légitime parce qu’il est le fruit de l’histoire. S’y référer est toujours plus facile pour le patron face à ses collaborateurs que d’évoquer le dernier succès du jour des maisons d’édition spécialisées dans le management. Encore qu’il faut être prudent en cette manière. Certes  « l’avenir se construit grâce aux leçons du passé », mais parfois « l’Histoire vous retient d’agir comme la glèbe retient vos chaussures. »
 
 
Essai d’utilisation du Proverbe à l’usage du dirigeant pressé.
 
Seulement voilà, les proverbes, il y en a des milliers ; ils sont capables de dire tout et son contraire. Ils se sont déposés au fil du temps et non selon les saints principes de l’organisation dispensés dans les manuels spécialisés. Ils viennent de partout, de la campagne et de la ville, de l’orient et de l’occident, de la terre et de l’eau. Morceaux de sagesse éternelle, fruits de la tradition, ils ne collent pas forcément à la réalité de l’entreprise d’aujourd’hui. Comme certaines anciennes partitions de musique qui doivent être transcrites pour être adaptées aux instruments modernes, ils constituent un matériau et pas une composition achevée qui reste à construire.
 
C’est pourquoi, il est proposé au lecteur un « essai de proverbialisation » de certains thèmes de management qui nous l’espérons, l’incitera à se plonger dans la recherche de la formule efficace à des fins de management.
 
Il ne saurait évidemment être question en un si court article de transcrire l’ensemble des thèmes tels que l’organisation du travail, le dialogue social, la stratégie d’externalisation des entreprises etc.. C’est pourquoi, nous nous sommes volontairement limités à la dimension personnelle du manager dans ses relations avec ses collaborateurs. Il s’agit naturellement d’une facilité puisque le proverbe naît de la vie en société. 
 
Autrefois issue du village ou de petites communautés urbaines, cette vie sociale s’organise aujourd’hui principalement dans les administrations et les entreprises dans lesquelles nombre d’hommes et de femmes passent plus de temps qu’en famille. Dans ces lieux de vie autant que lieux de travail, à la machine à café ou à la cafeteria, le proverbe s’épanouit au gré des relations et des tensions sociales comme les notes de musique sur une portée.
 
Pour souligner l’importance des relations humaines dans l’entreprise et de la gestion des ressources humaines qui en découlent, on se souviendra avec profit que dés le XVI e siècle, Jean Bodin : « Il n’est de richesses que d’hommes. » Nous savons aussi que « l’homme ne vit pas seulement de pain. »
 
Une fois ces principes de base acquis, le dirigeant doit s’appliquer l’antique maxime de Chilon inscrite au frontispice du temple de Delphes : « connais toi toi-même. » Cette formule abondamment utilisée par Socrate dans des dialogues platoniciens qui n’en sont pas, sera utilement complétée par les mots de Montaigne qui dans ses Essais précisait : « Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Ces propos ne visent évidemment pas à transformer les bureaux directoriaux en nouveaux divans pour analyse, ils rappellent simplement « qu’avant de fureter dans la maison du voisin, il faut d’abord balayer devant sa porte. »
 
Balayer devant sa porte, c’est d’abord maîtriser ses angoisses, « car la peur est mauvaise conseillère. »   « L’homme est un animal inquiet, c’est dit on ce qui le sépare de l’animal. Encore qu’il n’est pas sûr que l’oiseau face au chat ou le cochon face au couteau du boucher soient en état de parfaite décontraction. Face aux mauvaises nouvelles, on retiendra utilement que « l’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable » et qu’il ne faut jamais désespérer. Le dirigeant doit être malgré la chute, « comme un chat qui retombe sur ses pieds. » 
 
Aux nouvelles alarmistes de son directeur financier sur l’évolution des statistiques financières et de la trésorerie,  il peut prononcer la formule rassurante : « quand je me vois, je m’inquiète, quand je vois les autres, je me rassure. » A défaut, l’acte de gestion étant par nature un acte positif, il y a lieu de se souvenir que « vouloir c’est pouvoir » et que la fortune sourit aux audacieux, tout en faisant comprendre à ses collaborateurs « qu’on ne gouverne pas par objection. » Enfin face aux grandes difficultés on n’aura garde d’oublier le conseil de Ruyard Kipling : « Si tu veux rebâtir l’œuvre de ta vie, tu seras un homme mon fils. »
 
Se connaître c’est aussi savoir ménager le temps ainsi que soi-même. Corneille écrivit dans Sertorius : « le temps est un grand maître. » (C’est à peu près le seul bon mot qui soit sorti de cette œuvre obscure de l’illustre auteur.) D’autres ont dit que « le temps et l’usage rendent l’homme sage. »N’ayons garde de mésestimer le « tout vient à point qui sait attendre » ou la formule : « il y a un temps pour tout. » Et rappelons nous que les bons gestionnaires sont d’abord aptes à gérer le temps.
 
Faute de respecter ces sages maximes, le manager risque « de courir plusieurs lièvres à la fois et de n’en attraper aucun. » Ainsi les cadres hyper–actifs du genre « works-alcoolics » devraient faire graver sur leur bureau : « les cimetières sont remplis de gens indispensables » ou bien encore : « qui veut voyager loin ménage sa monture. » Inquiets devant la montée des maladies cardiovasculaires dans la population, les médecins pourraient utilement prescrire à leurs clients la lecture des proverbes qui conseillent d’user de la valeur travail avec tact et modération. (C’est toujours mieux que de consommer des statines à tout va, dont les dépenses pèsent sur la sécurité sociale!)
 
Se connaître en fin, c’est ne pas rester seul. En effet même patron , général ou président, l’homme a besoin de compagnie. « Homme seul est viande à loup » disaient les paysans en Gévaudan lorsque la bête rodait en semant la terreur. On affirmait aussi en Auvergne de façon un peu crue : « il vaut mieux péter en compagnie que crever seul. » On ne saurait trouver expression plus efficace quoiqu’un peu vulgaire pour inciter le cadre à développer ses réseaux de relation.
 
C’est dans la relation du manager avec ses collaborateurs que justement les ouvrages de management sont les plus diserts. C’est d’ailleurs tout à fait normal puisque la gestion d’une entreprise, c’est d’abord la conduite des hommes qui la constituent. Là aussi, quelques proverbes bien sentis, rappelleront à tous, l’importance des relations humaines dans l’entreprise.
 
- Le premier conseil porte sur la difficile alchimie que doit réaliser le dirigeant entre l’écoute de ses collaborateurs et l’indispensable autorité du décideur. Concilier l’écoute et l’action voilà le fin du fin. Combien de subordonnés sortent du bureau de leur chef en maugréant « il n’est pire sourd que celui qui ne veut point entendre » ou encore « parler au boss, c’est comme souffler dans un violon. » C’est pourquoi, on utilisera même en atmosphère conflictuelle la formule : « de la discussion jaillit la lumière. »
 
Certes, puisqu’en fin de compte, il faut décider, le gestionnaire conséquent aura soin de dire malgré les arguments et les  contre-arguments « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe » ou « les chiens aboient, la caravane passe. » Mais la solitude de celui qui doit prendre une décision d’entreprise, ne doit pas faire oublier que plus elle est consensuelle, plus elle a de chances d’être appliquée.
 
- Le deuxième conseil consiste à bien respecter ses collaborateurs tout en conciliant les objectifs de l’entreprise. Certes, ils ont été embauchés pour travailler. Après tout, même en ces années d’agnosticisme triomphant, la condamnation divine de l’Ancien testament : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » conserve une certaine actualité. Mais les ouvrages récents de management insistent sur la nécessaire participation des acteurs de l’entreprise. 
 
Une des fonctions importantes dévolues au manager est d’assurer la meilleure motivation de ses collaborateurs, sans laquelle « on ne fait pas boire à un âne qui n’a pas soif. » La confiance est un élément déterminant de fonctionnement d’une équipe. Chacun doit s’y sentir respecté quels que soient les niveaux de responsabilité. Et ce « coaching » si prisé aujourd’hui doit obéir au proverbe latin qu’on trouve dans les œuvres de Sénèque : « Il faut aimer pour être aimé. « 
 
Si vos collaborateurs sont persuadés qu’ils ont dans leur affectation « trouvé chaussure à leur pied, que vous savez renvoyer l’ascenseur, qu’un bienfait n’est jamais perdu, qu’une bonne action vaut toujours récompense et qu’après avoir porté sa charge, le baudet reçoit toujours du picotin de la part de son maître, » vous êtes sur la bonne voie. Il y a toujours intérêt à cultiver les initiatives de façon qu’on puisse dire : « à bon maître hardi valet. » bien que cette expression ait une connotation malheureuse d’ancien régime.
 
- Le troisième conseil tient à la gestion des conflits qui ne manquent pas de se développer dans la vie en collectivité. Les statistiques sur la montée alarmante des divorces montrent qu’il y a des différends dés qu’on la vie à deux.  Dans l’entreprise le nombre des collaborateurs augmente cette tendance humaine à la bagarre, de façon exponentielle.  Dans ce cas, le proverbe agit comme un élément de résolution des tensions. Le manager doit savoir créer des consensus selon l’            adage qui nous conseille de « laver notre linge sale en famille » plutôt que régler les problèmes devant les prud’hommes.
 
- Si une dispute éclate entre deux collaborateurs également dévoués à l’entreprise, utilisez une métaphore botanique : « souvenez vous qu’il ne faut pas mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce. » Et rappelez leur que « la vie n’est pas un chemin dont le revêtement serait fait de pétales de roses. »
 
Lorsque surgit un conflit social qui le dirigeant devra être prudent. « Il vaut mieux se mordre la langue avant de parler qu’après avoir parlé », et « ne pas aller à la guerre si on craint les horions. » Mais en désespoir de cause, « il vaut mieux savoir trancher dans le vif, plutôt que de laisser pourrir la situation. »
 
Conclusion
 
Nous n’irons pas plus loin dans le développement d’une matière qui mériterait à elle seule un ouvrage entier et puisqu’il nous faut conclure, il apparaîtra au lecteur que cet article n’est qu’un badinage perdu dans une revue par ailleurs fort sérieuse. Néanmoins nous voulons espérer que lecteur aura reçu quelques leçons :
 
- « Rire est le propre de l’homme » et l’humour est un moyen souvent efficace de négociation, à condition qu’on en use avec tact et mesure comme dans la jurisprudence du Conseil d’Etat sur les dépassements d’honoraires de certains médecins. 
 
- Loin de tout obscurantisme et sans condamner les méthodes modernes de gestion; nous avons simplement montrer que la gestion des hommes est autant affaire d’expérience que d’études théoriques.
 
Ces rejetons du passé que sont les proverbes peuvent utilement contribuer à la formation des dirigeants en compléments des techniques quantitatives et juridiques qu’il ne saurait être question de négliger. Mais gardons nous de privilégier l’outil en oubliant par trop le fond des questions et en toutes circonstances, il convient de « réfléchir avant d’agir » comme les deux lutins des malices de Plick et Plock cette bande dessinée d’un polytechnicien qui savait aussi bien penser, compter que dessiner.
 
Ne considérons pas non plus que le proverbe est un fossile. Il s’en crée tous les jours y compris dans les entreprises. Nous citerons que le plus usité dans nos cercles dirigeants : « il n’ y a pas de problème, il n’y a que des solutions. »
 
Enfin, suggérons que l’avenir des administrations des services publics et des entreprises, réside dans la capacité à concilier deux proverbes contradictoires : « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe et « la valeur n’attend pas le nombre des années. » L’application de ces deux formules aurait pour insigne avantage de contribuer à réduire le sous emploi des jeunes et le départ trop précoce des séniors en préretraite et en retraite. Mais ceci est une autre histoire !
 
Frédéric Buffin

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 18:26

Sept conseils de contre-management.


Ces Messieurs « je sais tout. »

Les vieux dirigeants sont terribles. Ils sont comme les généraux de brigade qui ont survécu à l’épreuve du feu et à la mitraille. Ils n’hésitent pas à donner des leçons aux brillants officiers d'état-major sortis de Saint Cyr, mal protégés par leur manuel de stratégie militaire et peu à l’aise devant ceux qui ont entendu les balles siffler autour d'eux. L’expérience leur sert d’étendard.

En matière de gestion des organismes de sécurité sociale, les vieux directeurs sont pareils. Ils ont tout vu, tout entendu, à défaut d’avoir tout compris. Ils écrasent de leur expérience les plus jeunes qui ont tout à apprendre et « qui ne savent rien ou si peu de la vie professionnelle, même s’ils ont fréquenté les grandes écoles. »

Eux, seuls sont légitimes, parce qu’avec leur âge (plus ou moins canonique), ils ont le cuir tanné par les épreuves du quotidien de la vie des caisses. L'expérience est leur manuel, plus que les ouvrages de management. Et tout y passe pour justifier le statut de ces porteurs de tempes grisonnantes :

« De notre temps, il fallait se débrouiller tout seul et il n’était pas question d’aller chercher des recettes de gestion auprès des boites de consultant de tous ordres qui font leur beurre sur le complexe des dirigeants des organismes publics en quête du management efficace.
A notre époque, nous étions des vrais patrons y compris dans le domaine informatique et nous n’avions pas besoin de travaux théoriques sur la qualité ou le zéro défaut pour nous lancer dans la modernisation de nos organismes.
Vous devriez, vous, jeunes directeurs vous indigner contre cette tendance des caisses nationales à vous transformer en simple chef de service. Vous ne savez pas résister à un « reporting» incessant sur fond de cartographie des processus, de contrôle interne et de maîtrise des risques, à mille lieux du service à rendre aux assurés sociaux. »
A les en croire, ils sont les protecteurs des valeurs de « la Sécu », et s'apitoient devant le conformisme managérial des directeurs plus jeunes qui vont pourtant impitoyablement leur succéder du fait du renouvellement inexorable des générations.

Pour ces papes sénescents qui n’entendent pas démissionner comme récemment au Vatican, l’adage qui prétend que « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe, » s'accorde bien au dicton qui prétend que Sagesse et Jeunesse ne cohabitent guère. Le management flamboyant, c’est eux.

Voire… ! Sans mépriser « l’indispensable expérience » des anciens et leur science expérimentale de la gestion des organismes dont la pression quotidienne peut doucher les enthousiasmes des dirigeants les plus dynamiques, il n’est pas sûr qu’il faille être trop louangeur vis-à-vis de leur conduite passée des hommes et des organismes.

Car leurs méthodes de direction, même conduites avec pragmatisme n’ont pas toujours, loin s’en faut, été exemplaires, quoiqu’en dise la vieille génération de directeurs qui s’apprête à prendre une retraite bien méritée.

Et sans cracher dans la soupe, le vétéran rédacteur de cet article prétend faire œuvre utile en révélant aux plus jeunes certaines recettes qu’il a vu appliquer par des directeurs « à références » de façon très professionnelle, avec comme seul résultat de faire baisser à coup sûr la productivité de l’organisme qu’ils avaient à diriger.

C’est pourquoi, les lignes qui suivent sont consacrées à quelques conseils sur ce qu’il est possible de faire pour faire baisser de façon certaine... les performances de la caisse dont vous êtes le directeur ou la directrice puisque signe des temps, de plus en plus de femmes accèdent à la responsabilité suprême. Et en cette matière, les anciens et les rares anciennes n’étaient pas mauvais(es) !

Enfin vous êtes le (la) patron(ne) !

Car cette fois ça y est. Vous y êtes parvenu (e). Enfin ! Vous en rêviez depuis que vous avez fréquenté les bancs de l’Université, des grandes écoles ou de l’EN3S. Après avoir brillamment surmonté les barrières parfois absconses de la liste d’aptitude, après avoir supporté un directeur au-dessus de vous pendant des mois, après vous être frotté(e) aux délices de la fonction d’encadrement, vous venez d’être nommé(e) directeur (trice) d’une Caisse de Sécurité Sociale. Vous parvenez au Saint Graal de la fonction de direction.

Vous accédez à la magistrature suprême qui vous inspire un sentiment mêlé d’ivresse et de vertige. Et nourri(e) d’une énergie colossale générée par votre nomination, vous êtes prêt(e) à montrer aux décideurs qui ont statué en votre faveur, mais aussi à vos pairs, que c’est bien à tort qu’on ne vous a pas placé(e) plus tôt à un tel niveau de responsabilité.

Vous savez que la conjoncture n’est pas rose. Que la demande sociale des assurés est toujours croissante, que les moyens qui vous sont donnés par les Conventions d’Objectif et de Gestion sont de plus en plus chichement attribués aux caisses et qu’il faut faire plus avec moins, que le personnel et les syndicats ne sont jamais contents, etc.

Mais vous n'en avez cure. Vous êtes boosté(e) par la reconnaissance qui vient de vous être octroyé(e), en vous attribuant la qualité de directeur (trice). Vous étiez au purgatoire, ce qui vous a durci la peau. Vous pouvez maintenant prétendre au Paradis du commandant de bord qui doit mener à (bon port ?) bien le bateau que l’on vient de vous confier. Vous vous sentez capable d’éviter les récifs nombreux qui vont se dresser devant vous pendant votre navigation pour vous empêcher de mener à bien votre mission de service public. Et muni(e) des conseils qui vont suivre, vous allez faire des merveilles :



Quand vous arrivez en poste, affichez rapidement la rupture avec le passé.
Le ou la boss maintenant, dans un organisme que vous ne connaissez pas, c’est vous. Alors pour bien vous implanter dans votre nouvelle fonction, posez quelques actes qui montreront à tous que « le directeur nouveau » est arrivé, comme le Beaujolais flanqué du même adjectif publicitaire.

Apposez d’abord sur votre carte de visite l’épithète de général. Cela fait plus classe et ça a l’avantage de ne pas coûter très cher. Même dans notre république d’aujourd’hui, les titres, c’est important. Sachez-le, nous ne sommes pas encore sortis de la société d’Ancien Régime.
Usez dès le début de votre entrée en fonctions de formules sentencieuses et critiques telles que : « Tout ceci n’est pas très professionnel. » Vos collaborateurs chargés de vous accueillir seront ravis d’apprendre qu’ils sont des amateurs.
Changez de bureau car la qualité du mobilier est un attribut du pouvoir. En ces temps de disette budgétaire, ce sera très apprécié du personnel à qui on a refusé des agencements nouveaux.
Changez très vite d’assistante de direction. On ne sait jamais ce que l’ancienne pourrait raconter sur vous à celui qui vous a précédé. Le « spoil system », c’est tout un art.
Mais surtout, répandez-vous sur les erreurs et les manquements de celui qui présidait aux destinées de la caisse avant vous. Personne n’osera vous contredire, même si beaucoup n’en penseront pas moins. Et le ton sera infailliblement donné : « dans cette caisse, il va falloir commencer à travailler sous votre docte autorité.»
Dernier point très important : Peaufinez votre discours d’arrivée devant le personnel sur le thème giscardien : « vous serez surpris par l’ampleur du changement, » comme si rien n’avait bougé depuis des lustres. Ceci fera un grand plaisir mobilisateur à tous ceux qui appréciaient votre prédécesseur.

Pratiquez le management en loup solitaire.
Seulement voilà. Vous entrez dans un organisme qui vous est inconnu. Vous êtes donc forcément un intrus qui ignorez les mœurs, les usages, la culture de la communauté humaine que vous êtes appelé(e) à diriger. Et rapidement, l’enthousiasme primitif suscité par votre embauche cède le pas devant l’angoisse que suscite l'entrée dans une « terra incognita » dont il vous faut rapidement maîtriser la géographie sociale, syndicale et professionnelle.

Certes vos capacités d’adaptation sont immenses (puisqu’on vous a nommé(e), mais tout de même. Vous étiez un spécialiste de Prestations Familiales, on vous demande par exemple de diriger une Caisse Primaire d’Assurance Maladie, ce n’est pas tout à fait la même affaire. Vous connaissiez par cœur les Caisses du Nord, vous arrivez dans une caisse du Midi, vous découvrez vite que même dans une République unifiée par le code de la Sécurité Sociale, les règles n’ont parfois pas le même sens sur la Côte d’Opale et sur la Côte d’Azur. Et la culture d’un organisme, c’est une contrainte de gestion à ne pas négliger.

Et puis très vite, puisque c’est vous qui dirigez, « on » prénom malhonnête, vient vous présenter des décisions urgentes à prendre sans que vous ayez, du moins au début de vos fonctions, l’expertise suffisante pour trancher.

Bien sûr, vous êtes très intelligent(e), mais tout de même vous n’êtes pas un Pic de la Mirandole capable de gérer des problèmes aussi différents que l’application d’une nouvelle réglementation, le règlement d’un conflit social à la suite d’une réorganisation, la gestion d’un marché de travaux pour déménager le siège de la Caisse et tant d’autres sujets que vos collaborateurs s’ingénient à vous présente dès les premiers jours. On dirait même qu’ils veulent tester vos compétences, comme le font d’instinct les élèves d’une classe avec leur nouveau professeur le jour de la rentrée par des provocations diverses.

Alors, pour faire face à la vague montante des hostilités de toute nature que vous avez à surmonter, transformez-vous en «canis lupus», non pas de ceux qui chassent en meute, mais de ceux insaisissables et mystérieux qu’aucun chasseur ne parvient à pointer au bout de son fusil.

- Prenez bien soin de fermer votre bureau et de n’accepter de recevoir vos collaborateurs et vos interlocuteurs de toute nature que sur rendez-vous. Et même si vous avez sacrifié lors de votre arrivée à une inévitable et pesante visite de tous les services de la Caisse, ne circulez pas dans les couloirs, pour que l’entretien ou la rencontre avec le Directeur soit pour le plus grand nombre un exercice rare autant que redouté.

Gérez votre agenda vous-même afin qu’il soit connu de vous seul et surtout, limitez l’information sur vos déplacements auprès d’un minimum de collaborateurs. Bien entendu ne dites jamais que vous partez le moment venu en congés. De la sorte, vous pouvez fondre sur les cibles qui vous conviennent à tout moment sans que la proie que vous avez impitoyablement visée n’ait préparé sa défense.

Préparez un changement d’organigramme dans le plus grand secret en annonçant votre intention d’améliorer la gouvernance de la caisse. Ceci aura non seulement pour effet d’effrayer l’encadrement à tous les niveaux, mais aussi les instances représentatives du personnel et les syndicats avant toute décision, et de provoquer leur mécontentement au moment de la présentation du projet pour défaut de concertation et de négociation. Vous êtes responsable de l’organisation ; il faut que ça se sache !

Nommez un Directeur de Cabinet ou un chargé de mission qui sera votre seul confident avec pour tâches de faire le lien avec votre Directeur- Adjoint et votre agent-comptable et de procéder aux études de fond qui auraient pu être réalisées par les services opérationnels. Vous mettrez ainsi une inévitable distance entre vos collaborateurs directs et vous-même. C’est parfait pour la motivation.

Chaque fois que vous abordez un sujet avec l’un d’entre eux, indiquez-lui que c’est « confidentiel défense » et qu’il est le seul à détenir l’information que vous venez de lui transmettre. Bien sûr, il n’en fera rien et le dos tourné, il se dépêchera de diffuser le contenu du message que vous lui avez glissé à l’oreille. Mais de la sorte, ils seront fiers de diffuser la parole directoriale émise dans le saint lieu que constitue le bureau du grand prêtre mystérieux et solitaire appelé à présider aux destinées de la Caisse. Quand on est Directeur, on est souvent seul à décider, c’est bien connu. Certains anciens cultivaient cette solitude jusqu’à la mystique !

Avec vos collaborateurs directs réinventez le Moyen-Age.
Grâce à la force du lien de subordination qui est dû par le salarié vis-à-vis de son employeur dont vous êtes l’éminent représentant, faites de vos collaborateurs des vassaux qui doivent respect et obéissance à leur suzerain en toutes circonstances.
Les anciens et d’autres qui le sont moins, disposent de quelques techniques très efficaces pour parvenir à cette fin. Faites de même :
Exigez de leur part, messagerie électronique et téléphone personnel, de façon à les mobiliser en permanence à cette noble cause du service public de la Sécurité Sociale. Une commande vendredi soir pour un rendu le lundi matin, sera du meilleur effet pour bien montrer au conjoint ou à la conjointe du sous-chef que le boss a un droit de regard sur le déroulement de son week-end et de ses jours de repos.
Evidemment, car c’est la marque du pouvoir, imposez des horaires incongrus à tous ceux qui sont proches de vous. Un rendez-vous à sept heures du matin, il n’y a rien de tel pour commencer une journée. N’hésitez pas à organiser des réunions « de la plus haute importance » en fin de journée ; pour la vie de famille et l’équilibre personnel de ceux et celles qui travaillent avec vous, c’est parfait !
Faites des Conseils de Direction (pas trop souvent et à la sauvette) des grands moments d’émotion. Par la distribution de satisfécits aux uns et de réprimandes humiliantes à d’autres, chacun ou chacune sentira sur lui, peser la menace potentielle d’un jugement de cour qui d’une semaine sur l’autre peut le faire blanc ou noir.
Avec un peu de chance, ce climat trouble que vous aurez créé du sommet de votre toute puissance, sera décliné jusqu’au bas de la chaine hiérarchique. L’atmosphère pestilentielle qui en résultera vous importera peu, pourvu que vous teniez le cap !
Jouez les baronnies qui s’agitent dans votre organisme, les unes contre les autres pour conforter votre influence. Vous y parviendrez à peu de frais : une organisation des services où les responsabilités ne sont pas clairement établies ; une commande identique demandée à plusieurs services ; des circuits de travail mouvants et flous, parviendront facilement à la réalisation du fameux dicton : « divisez pour régner. »
Enfin, rendez la vie impossible à tous ceux qui travaillent au quotidien des services par deux méthodes infaillibles.  Un reporting incessant où le « reporter » passe plus de temps à reporter qu’à travailler sur la mission que vous lui avez confiée. Un échéancier d’enfer qui prouvera de surcroît à vos vassaux même les plus dévoués que vous êtes le maître tyrannique des horloges.
Il n’est pas besoin de dire que bien évidemment, vous exigerez une adhésion sans faille de vos hiérarques et que la moindre critique aura pour effet de placer celui qui oserait l’exprimer sur la liste des transferts anticipés. De cette façon vous êtes sûr de stériliser les initiatives de l’ensemble de votre équipe de direction.
Il ne vous manquera qu'un château fort, un costume de chevalier, une épée, une table ronde et un cheval blanc pour que règne dans votre royaume une atmosphère de méfiance, de défiance et de peur quasi médiévale propre à motiver l’ensemble du personnel au service des assurés sociaux.
Déterminez la stratégie de votre organisme en vous ménageant un bunker intellectuel.
Vous avez une convention d’objectifs à préparer ou un projet d’entreprise qui doit vous permettre de faire avancer la Caisse que vous dirigez sur de bons rails. Pour parvenir à satisfaire la noble ambition que vous avez d’être le guide inoubliable qui va  « montrer la voie » à tous les agents de la Caisse. Nourri de l’espérance qu’ils comprendront enfin qu’ils doivent travailler pour la seule ambition de servir les assurés, il faut utiliser quelques recettes infaillibles qui vous garantiront le succès :
Pour préparer votre projet, commencez par faire venir un consultant qui assumera la direction stratégique du projet en lieu et place de l’un de vos collaborateurs qui aurait été ravi de le faire. Vous leur montrerez de façon infaillible le peu de confiance que vous avez envers eux. Le regard de Syrius ou l’œil du Huron, c’est toujours mieux que la vision interne aveuglée par les vapeurs délétères du quotidien.
Dans la phase amont de la préparation du projet exigez de vos proches la discrétion la plus absolue. C’est un facteur très important de cohérence du projet qui ne doit pas être amendé par des objections qui en diminueraient la portée. « La COG doit être un bloc » comme la révolution de Clémenceau et ne doit pas être affaiblie par des objections de mauvais aloi.
Préparez avec soin la communication sur les brillantes idées que vous aura suggérées le consultant, de façon à diminuer au maximum le temps de la discussion au sein du collège de direction et des équipes de travail. Il sera d’autant plus intouchable que vous l’aurez présenté sous papier glacé. Après tout, c’est votre projet, pas le leur.
Faites le minimum légal en terme de présentation devant les organisations syndicales ou les institutions représentatives du personnel. De toute façon, elles auraient dit non au projet parce que vous prévoyez des économies et de faire plus avec moins, ce qui est une façon comme une autre de faire de la productivité. Alors pourquoi perdre du temps et de l’énergie à convaincre des personnes qui obéissent à des consignes contraires d’appareil national pour prendre position ?
Contentez-vous d’une décision de Conseil d'Administration pour faire valider votre projet sans multiplier les commissions où les partenaires sociaux risquent de vous imposer des compromis que vous ne souhaitez pas. Ceux-ci seront d’ailleurs d’autant plus difficiles à accepter que vous serez au préalable allé(e) chercher l’onction de la Caisse Nationale ou des Ministères.
Une discussion sur votre projet avec votre Président sera bien suffisante pour respecter le principe de la participation des assurés sociaux à la gestion de la Sécurité Sociale.
Respectez ces consignes à la lettre et vous serez assuré que l’ensemble des acteurs de votre Caisse, au pire traînera votre projet comme un boulet, au mieux le considèrera comme un document sans effet de mobilisation à remiser au placard des documents directoriaux sans importance parce qu’il sera inapplicable.
En matière de dialogue social, montrez à tous que vous êtes « Seul maître à bord après Dieu et encore ! »
J’en viens évidemment à un sujet très important, celui de la gestion du personnel, pardon de la gestion des ressources humaines. Fort (e) de la règle selon laquelle vous êtes seul(e) compétent(e) en matière de personnel, vous pouvez exercer votre passion autocratique avec une grande pertinence.
- En matière de recrutement, privilégiez de façon systématique les apports externes et si possible à des postes stratégiques. Pratiquée sans nuance cette méthode sera le signal pour le personnel et surtout l’encadrement que vous attachez du prix à la mobilité géographique !
- Recevez les organisations syndicales le moins possible, avec des rendez-vous très éloignés dans le temps par rapport à leur demande. Vous leur signifierez ainsi le peu d’estime en laquelle vous les tenez, ce qui vous permettra de constater la diffusion multipliée de tracts syndicaux hostiles à votre politique.
- Laissez votre responsable RH gérer les relations avec les délégués du personnel et les membres du Comité d’Hygiène et de Sécurité. Si de surcroît vous n’assistez jamais au comité d’entreprise, c’est encore mieux pour mettre de la distance entre « des gens qui expriment toujours des pensées négatives » et vous-même qui mettez toute votre énergie à faire progresser la Caisse.
- Jouez systématiquement le jeu du syndicat majoritaire, en procédant à du recrutement à la carte syndicale. Il faut bien faire des concessions dans la vie sociale et acheter la paix du même nom à peu de frais. Cette pratique  « autrefois » très en vogue aura pour plus sûr effet de développer un sentiment d’injustice dans votre gestion. Et si vous appliquez la même méthode pour les promotions annuelles, le résultat sera atteint à coup sûr.
- En cas de licenciement (toujours justifié évidemment), ce qui est fort heureusement rare à la Sécu, évitez de respecter les procédures en omettant l’entretien préalable et la saisine du conseil de discipline. Vous créerez ainsi un climat de mobilisation syndicale par laquelle vous serez accusé d’arbitraire patronal. Ce procès vous sera d’autant plus jeté à la figure que vous aurez par les précédents conseils contenus dans cet article, créé dans votre caisse une atmosphère des plus négatives à votre encontre.
Une petite explosion sociale de temps en temps ne fait de mal à personne et forme le caractère ! Invoquez votre priorité de servir les assurés, rien que les assurés et que vos salariés ne sont qu’une ressource et non une fin en soi et vous serez encore plus surs d’être « compris » de tous au sein de la caisse. Mais après tout, vivre de temps à autre des moments de grande solitude, ne manque pas d’un certain charme !
Faites de la communication « brillantine. »
Lorsque le rédacteur de ce précis de bêtises managériales malheureusement parfois bien réelles était encore enfant, la brillantine était un gel utilisé par les hommes afin de rendre luisants des cheveux dont la propreté était douteuse, parce que beaucoup de nos concitoyens ne se douchaient pas tous les jours.
Si vous sentez que le bateau que vous dirigez ne parvient pas à maintenir le cap dans des flots agités, tentez la communication en surbrillance. Car vos proches et l’encadrement sont bien évidemment incapables de relayer la si pertinente parole directoriale jusqu’au bas de la hiérarchie. Ce qui est en cause, ce n’est évidemment pas le fond de votre politique, mais le défaut de communication sur celle-ci :
Commencez d’abord par créer, si cela n’est pas déjà fait, une revue d’entreprise luxueuse (sur papier glacé bien entendu), à destination du personnel pour que celui-ci soit au courant de vos faits d’armes. N’omettez pas bien entendu d’y apposer votre photo à toutes les pages comme le font nombre de maires dans leur revue municipale et soignez l’éditorial.
Vite classée dans les revues de propagande vous serez assuré que le coefficient de lecture sera très faible. Mais ça ne fait rien. Vous pourrez préparer un press-book à destination des autorités de tutelle ou de la Caisse Nationale dont vous dépendez.
Participez activement aux travaux nationaux ce qui permettra la diffusion d’articles signés de votre main, même si ce sont vos collaborateurs qui les ont rédigés. Ne négligez pas de vous montrer ainsi dans « Droit Social ou la Gazette du Palais», tout en faisant de vos « nègres » des témoins désolés de vos qualités intellectuelles et littéraires.
Soyez omniprésents dans la presse régionale (avec ou sans votre Président) afin que l’ensemble de vos agents considèrent au fil des numéros que vous êtes l’incarnation de la Caisse.
Utilisez la technologie internet qui n’existait pas du temps des anciens pour diffuser à votre personnel des interviews sur votre gestion en vidéo. Celui-ci verra bientôt que vous êtes un spécialiste des « NTIC. »
Enfin, le must, c’est de passer à la télé sans laquelle tout personnage public n’a pas d’existence médiatique. « Régalez » le patron local de FR3. Au final, pour un bon repas, vous pouvez en retirer une image de gestionnaire médiatique et honorer la Caisse que vous servez, quel que soit l’état réel de celle-ci.
Sans verser dans une paranoïa délirante, un peu de culte de la personnalité selon le principe que le faire savoir est indissociable du savoir-faire, ne fait de tort à personne. Allez-y pour un peu de cosmétique !


Cerise sur le gâteau, permettez-vous quelques frasques personnelles.
Elles montreront que vous êtes un homme ou une femme comme tout le monde et non un monstre froid qu’on retrouve dans les tracts syndicaux sous l’appellation de « la direction attachée à vouloir nuire aux salariés. »
Leurs révélations dans les couloirs ou les machines à café de la Caisse, feront l’objet de discussions interminables entre agents, ce qui fera infailliblement baisser la productivité que vous aviez souhaité améliorer.
Commencez par embaucher votre conjoint(e) et si possible à un poste stratégique. Et si vous voulez en rajouter, recrutez un ou plusieurs de vos enfants. Il régnera dans la caisse un parfum de népotisme propre à améliorer l’atmosphère de la communauté humaine que vous pilotez.
Utilisez ouvertement la voiture de service de la caisse comme voiture de fonction pour vos déplacements domicile travail. De surcroît faites assumer par celle-ci les P.V. que la police aura notifiés (ainsi que les notes de carburant). Les services de la logistique à qui vous imposez l’inscription scrupuleuse de leurs déplacements sur un carnet de bord seront ravis.
Ne négligez pas les bonnes tables du secteur géographique où vous travaillez avec vos interlocuteurs choisis. Quel que soit le lieu, il n’en manque pas dans notre bon pays de France. Les services de l’agence-comptable seront intarissables sur le détail de vos factures de restaurant, surtout si vous avez commis l’imprudence d’y mettre le détail des plats que vous avez consommés et des vins que vous avez partagés avec vos convives.
Vous pouvez faire de même avec le réfrigérateur de votre bureau que vous aurez pris soin de remplir de bons alcools tels que Whiskies, Bourbon, Porto, Pastis, etc. Et si en fin de journée conclue par une tournée générale avec vos proches, les femmes de ménage vous voient sortir de votre bureau d’un ton gai voire égrillard ce n’est pas grave. Elles sont tenues par une obligation de discrétion professionnelle. Personne ne le saura, sauf tous les agents de la caisse qui en feront des gorges chaudes !
Pour couronner le tout, montrez que vous avez du caractère, en multipliant vos colères homériques dans les couloirs ou les services où vous pénétrez, afin que tout le monde sache qu’aujourd’hui le boss n’est pas content. La tension dans les services montera d’un cran, ce qui accroitra la concentration au travail.
Conclusion.
« Tout ceci est bien caricatural » dira-t-on. Concentré sur un seul personnage, dans un temps court, et dans un seul lieu, le rédacteur de cet article veut bien l’admettre. Forte de puissants contrepouvoirs au sein des institutions de Sécurité Sociale, et de l’état du droit social et du droit du travail, la Direction de Caisse a peu de chance de se transformer en gestion dictatoriale.
Directeurs (trices), veillons à notre mode de management directorial. Nous sommes tous potentiellement des Machiavel ou des Rastignac au petit pied ou en version féminine, des diables habillés en Prada. Résistons aux tentations du pouvoir et mobilisons-nous, les ancien(ne)s comme les plus récent(e)s, avec la seule volonté désintéressée de servir. Après tout c’est pour ceci que nous sommes rémunérés dans les canons du code de la sécurité sociale !

Frédéric BUFFIN directeur depuis 1994.

Le 10 Mars 2013.

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 18:00

 


Le management par les proverbes.


 


De l’utilité du proverbe pour le dirigeant d’aujourd‘hui.


 


Comme les manuels d’éducation pour jeunes filles au XVIIè siècle ou les traités de psychologie pour enfants dans les années 1960, les ouvrages consacrés aux
cadres en mal de formation, fleurissent sur l’étalage de nos librairies.


 


Tous les thèmes qui concernent l’organisation des entreprises et des services publics en tant que collectivité humaine y sont abordés : gestion des
ressources humaines, gestion du temps, conduite des hommes…et des femmes, communication interne et externe, qualité et contrôle, culture de l’entreprise, pratique de l’audit et du
« reporting » franglais oblige….


 


Rédigés par d’éminents spécialistes, consultants ou chefs d’entreprise, ces livres ne sont pas conçus en forme de doctrine. Ils visent l’efficacité à partir
d’expériences vécues et de schémas théoriques qui ont subi depuis longtemps l’épreuve des faits. Leur lecture apporte une réflexion et un support intellectuel utile au gestionnaire désireux de
prendre du recul sur sa pratique quotidienne. Ces ouvrages constituent d’utiles ouvrages de référence pour qui veut faire évoluer son entreprise ou son service en prévision de
l’avenir.


 


Mais la multiplication de ces nouveaux guides du comportement efficace, a de quoi inquiéter le lecteur qui parfois est aussi circonspect devant la variété
des titres que la ménagère peut l’être face aux rayons des fours à micro-ondes de nos grands magasins. Comment en effet choisir le bon ouvrage ou le bon auteur ? Peut on trouver version
management, un nouvel « Emile » rédigé par un nouveau Rousseau, (même si ce dernier tout en glosant doctement sur l’Education, ne manqua pourtant pas d’abandonner ses enfants selon la
devise, « faîtes ce que je dis, pas ce que je fais ») ?


 


Face à l’abondance de l’offre éditoriale, le manager en herbe est contraint de remplir sa bibliothèque d’ouvrages coûteux qu’il a peu de chances de lire
faute de temps.


 


Et pourtant que d’économies feraient les dirigeants sur leur fonds de documentation si s’appliquant le principe oh combien moderne de Lavoisier « rien
ne se perd, rien ne se crée »,  ils cherchaient les principes et les méthodes de commandement dans ces paroles des Anciens que sont les proverbes.


 


Conseils sortis de la nuit des temps, il en est de brutaux (œil pour œil, dent pour dent, même si la loi du talion a été un grand progrès pour l’humanité en
établissant la proportionnalité de la peine par rapport à la faute) ; certains sont d’un réalisme épais (on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, version culinaire du principe selon
lequel la fin justifie les moyens). D’autres fort heureusement sont plus pacifiques (un mauvais accommodement vaut mieux qu’un bon procès.)


 


Certains visent à la propagation d’une saine morale civique (qui vole en œuf, vole un bœuf.) Certains autres dépeignent la condition humaine sous un jour
bien noir (les hommes sont comme les melons, sur six, il y en a un de bon.) Il en est fort heureusement de plus optimistes. (A cœur vaillant, rien d’impossible ou bon sang ne saurait
mentir ! quoique ce dernier soit fort aristocratique et peu seyant dans une société démocratique qui met le principe d’Egalité à toutes les sauces tout en tolérant les pires
inégalités.


 


Bref , le proverbe s’occupe de tout . Il s’immisce partout. Il se mêle de tout ce qui concerne la vie des hommes en société.


 


Si donc le proverbe était utilisé pour le management, voici quels avantages pourraient en tirer nos dirigeants :


 


- Il a pour mérite d’être court et tient le plus souvent dans une formule : C’est important pour les cadres obsédés par la gestion du temps : En
effet chacun sait  que « le temps perdu ne se rattrape jamais » Tout leader sait qu’ »on croit user le temps alors que c’est le temps qui nous use. » Au
contraire, « qui gagne du temps, gagne tout. »


 


- Il a des vertus pédagogiques (nous restons toute notre vie de grands enfants et dans l’entreprise, nous ne sortons jamais de la cour d’école.) En ce sens,
il exprime une vérité facile à comprendre, aussi bien pour le polytechnicien que pour l’agent d’exécution. Toujours plus lisible et expressif et qu’un graphique ou une statistique, il se retient
aisément. Certes « les grands discours font les longs jours, » mais tout le monde comprendra que tant pour l’entreprise que pour le service public, « qu’en toute chose, il faut
considérer la fin et qu’il n’y a que le résultat qui compte. »


 


- Il est démocratique, du fait qu’il reflète la sagesse populaire et qu’il est d’usage très commun. Il transcende les barrières sociales. Il n’est ni le
produit de littérature patronale, ni le fruit du discours prolétarien, qui d’ailleurs a perdu beaucoup de sa superbe depuis la chute du mur de Berlin. Le proverbe est unifiant et consensuel selon
la doctrine des mousquetaires (un pour tous pour un.


 


- Il est économique puisque, situé depuis longtemps dans le domaine public, son usage n’implique aucune rémunération de droits d’auteurs auprès de la SACEM
ou autre société spécialisée. Tout gestionnaire sérieux ne peut qu’être sensible à cet argument selon les principes « un sou c’est un sou » et il n’y a pas de petites économies. Et puis
freiner les dépenses de documentation dont les trois quart ne servent à rien d’autres qu’à encombrer les rayonnages des bureaux de ses collaborateurs ne peut être tout à fait
mauvais.


 


- Le proverbe n’en a pas moins de vertus culturelles. Il provient souvent de monuments de la pensée humaine (L’Iliade et l’Odyssée, la Bible, le Coran,
etc.. Nombres d’ouvrage de management prétendent qu’il n’a de bon dirigeant que cultivé. C’est donc un bon argument à prendre en compte. Mais attention, « la culture, c’est comme la
confiture, moins on en a, plus on l’étale. »


 


- Le proverbe est pragmatique parce qu’il est l’écho de l’expérience. Il est constat empirique à l’opposé d’une doctrine théorique. « c’est en forgeant
qu’on devient forgeron. L’expérience est mère de science, savoir c’est pouvoir » Or, c’est cette qualité d’être versé dans le réel qui importe au chef  en quête d’influence
sur l’organisation qu’il dirige, plus qu’une somme de courbes et de graphiques.


 


- Enfin le proverbe est légitime parce qu’il est le fruit de l’histoire. S’y référer est toujours plus facile pour le patron face à ses collaborateurs que
d’évoquer le dernier succès du jour des maisons d’édition spécialisées dans le management. Encore qu’il faut être prudent en cette manière. Certes  « l’avenir se construit grâce aux
leçons du passé », mais parfois « l’Histoire vous retient d’agir comme la glèbe retient vos chaussures. »


 


 


Essai d’utilisation du Proverbe à l’usage du dirigeant pressé.


 


Seulement voilà, les proverbes, il y en a des milliers ; ils sont capables de dire tout et son contraire. Ils se sont déposés au fil du temps et non
selon les saints principes de l’organisation dispensés dans les manuels spécialisés. Ils viennent de partout, de la campagne et de la ville, de l’orient et de l’occident, de la terre et de l’eau.
Morceaux de sagesse éternelle, fruits de la tradition, ils ne collent pas forcément à la réalité de l’entreprise d’aujourd’hui. Comme certaines anciennes partitions de musique qui doivent être
transcrites pour être adaptées aux instruments modernes, ils constituent un matériau et pas une composition achevée qui reste à construire.


 


C’est pourquoi, il est proposé au lecteur un « essai de proverbialisation » de certains thèmes de management qui nous l’espérons, l’incitera à se
plonger dans la recherche de la formule efficace à des fins de management.


 


Il ne saurait évidemment être question en un si court article de transcrire l’ensemble des thèmes tels que l’organisation du travail, le dialogue social, la
stratégie d’externalisation des entreprises etc.. C’est pourquoi, nous nous sommes volontairement limités à la dimension personnelle du manager dans ses relations avec ses collaborateurs. Il
s’agit naturellement d’une facilité puisque le proverbe naît de la vie en société.


 


Autrefois issue du village ou de petites communautés urbaines, cette vie sociale s’organise aujourd’hui principalement dans les administrations et les
entreprises dans lesquelles nombre d’hommes et de femmes passent plus de temps qu’en famille. Dans ces lieux de vie autant que lieux de travail, à la machine à café ou à la cafeteria, le proverbe
s’épanouit au gré des relations et des tensions sociales comme les notes de musique sur une portée.


 


Pour souligner l’importance des relations humaines dans l’entreprise et de la gestion des ressources humaines qui en découlent, on se souviendra avec profit
que dés le XVI e siècle, Jean Bodin : « Il n’est de richesses que d’hommes. » Nous savons aussi que « l’homme ne vit pas seulement de pain. »


 


Une fois ces principes de base acquis, le dirigeant doit s’appliquer l’antique maxime de Chilon inscrite au frontispice du temple de Delphes :
« connais toi toi-même. » Cette formule abondamment utilisée par Socrate dans des dialogues platoniciens qui n’en sont pas, sera utilement complétée par les mots de Montaigne qui dans
ses Essais précisait : « Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Ces propos ne visent évidemment pas à
transformer les bureaux directoriaux en nouveaux divans pour analyse, ils rappellent simplement « qu’avant de fureter dans la maison du voisin, il faut d’abord balayer devant sa
porte. »


 


Balayer devant sa porte, c’est d’abord maîtriser ses angoisses, « car la peur est mauvaise conseillère. »   « L’homme
est un animal inquiet, c’est dit on ce qui le sépare de l’animal. Encore qu’il n’est pas sûr que l’oiseau face au chat ou le cochon face au couteau du boucher soient en état de parfaite
décontraction. Face aux mauvaises nouvelles, on retiendra utilement que « l’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable » et qu’il ne faut jamais désespérer. Le dirigeant doit
être malgré la chute, « comme un chat qui retombe sur ses pieds. »


 


Aux nouvelles alarmistes de son directeur financier sur l’évolution des statistiques financières et de la trésorerie,  il peut prononcer
la formule rassurante : « quand je me vois, je m’inquiète, quand je vois les autres, je me rassure. » A défaut, l’acte de gestion étant par nature un acte positif, il y a lieu de
se souvenir que « vouloir c’est pouvoir » et que la fortune sourit aux audacieux, tout en faisant comprendre à ses collaborateurs « qu’on ne gouverne pas par objection. »
Enfin face aux grandes difficultés on n’aura garde d’oublier le conseil de Ruyard Kipling : « Si tu veux rebâtir l’œuvre de ta vie, tu seras un homme mon fils. »


 


Se connaître c’est aussi savoir ménager le temps ainsi que soi-même. Corneille écrivit dans Sertorius : « le temps est un grand maître. »
(C’est à peu près le seul bon mot qui soit sorti de cette œuvre obscure de l’illustre auteur.) D’autres ont dit que « le temps et l’usage rendent l’homme sage. »N’ayons garde de
mésestimer le « tout vient à point qui sait attendre » ou la formule : « il y a un temps pour tout. » Et rappelons nous que les bons gestionnaires sont d’abord aptes à
gérer le temps.


 


Faute de respecter ces sages maximes, le manager risque « de courir plusieurs lièvres à la fois et de n’en attraper aucun. » Ainsi les cadres
hyper–actifs du genre « works-alcoolics » devraient faire graver sur leur bureau : « les cimetières sont remplis de gens indispensables » ou bien encore : « qui
veut voyager loin ménage sa monture. » Inquiets devant la montée des maladies cardiovasculaires dans la population, les médecins pourraient utilement prescrire à leurs clients la lecture des
proverbes qui conseillent d’user de la valeur travail avec tact et modération. (C’est toujours mieux que de consommer des statines à tout va, dont les dépenses pèsent sur la sécurité
sociale!)


 


Se connaître en fin, c’est ne pas rester seul. En effet même patron , général ou président, l’homme a besoin de compagnie. « Homme seul est viande
à loup » disaient les paysans en Gévaudan lorsque la bête rodait en semant la terreur. On affirmait aussi en Auvergne de façon un peu crue : « il vaut mieux péter en compagnie que
crever seul. » On ne saurait trouver expression plus efficace quoiqu’un peu vulgaire pour inciter le cadre à développer ses réseaux de relation.


 


C’est dans la relation du manager avec ses collaborateurs que justement les ouvrages de management sont les plus diserts. C’est d’ailleurs tout à fait
normal puisque la gestion d’une entreprise, c’est d’abord la conduite des hommes qui la constituent. Là aussi, quelques proverbes bien sentis, rappelleront à tous, l’importance des relations
humaines dans l’entreprise.


 


- Le premier conseil porte sur la difficile alchimie que doit réaliser le dirigeant entre l’écoute de ses collaborateurs et l’indispensable autorité du
décideur. Concilier l’écoute et l’action voilà le fin du fin. Combien de subordonnés sortent du bureau de leur chef en maugréant « il n’est pire sourd que celui qui ne veut point
entendre » ou encore « parler au boss, c’est comme souffler dans un violon. » C’est pourquoi, on utilisera même en atmosphère conflictuelle la formule : « de la
discussion jaillit la lumière. »


 


Certes, puisqu’en fin de compte, il faut décider, le gestionnaire conséquent aura soin de dire malgré les arguments et les 
contre-arguments « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe » ou « les chiens aboient, la caravane passe. » Mais la solitude de celui qui doit prendre une décision
d’entreprise, ne doit pas faire oublier que plus elle est consensuelle, plus elle a de chances d’être appliquée.


 


- Le deuxième conseil consiste à bien respecter ses collaborateurs tout en conciliant les objectifs de l’entreprise. Certes, ils ont été embauchés pour
travailler. Après tout, même en ces années d’agnosticisme triomphant, la condamnation divine de l’Ancien testament : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » conserve une
certaine actualité. Mais les ouvrages récents de management insistent sur la nécessaire participation des acteurs de l’entreprise.


 


Une des fonctions importantes dévolues au manager est d’assurer la meilleure motivation de ses collaborateurs, sans laquelle « on ne fait pas boire à
un âne qui n’a pas soif. » La confiance est un élément déterminant de fonctionnement d’une équipe. Chacun doit s’y sentir respecté quels que soient les niveaux de responsabilité. Et ce
« coaching » si prisé aujourd’hui doit obéir au proverbe latin qu’on trouve dans les œuvres de Sénèque : « Il faut aimer pour être aimé. « 


 


Si vos collaborateurs sont persuadés qu’ils ont dans leur affectation « trouvé chaussure à leur pied, que vous savez renvoyer l’ascenseur, qu’un
bienfait n’est jamais perdu, qu’une bonne action vaut toujours récompense et qu’après avoir porté sa charge, le baudet reçoit toujours du picotin de la part de son maître, » vous êtes sur la
bonne voie. Il y a toujours intérêt à cultiver les initiatives de façon qu’on puisse dire : « à bon maître hardi valet. » bien que cette expression ait une connotation malheureuse
d’ancien régime.


 


- Le troisième conseil tient à la gestion des conflits qui ne manquent pas de se développer dans la vie en collectivité. Les statistiques sur la montée
alarmante des divorces montrent qu’il y a des différends dés qu’on la vie à deux.  Dans l’entreprise le nombre des collaborateurs augmente cette tendance humaine à la bagarre,
de façon exponentielle.  Dans ce cas, le proverbe agit comme un élément de résolution des tensions. Le manager doit savoir créer des consensus selon
l’            adage qui nous conseille de « laver notre linge sale en famille » plutôt que régler les problèmes
devant les prud’hommes.


 


- Si une dispute éclate entre deux collaborateurs également dévoués à l’entreprise, utilisez une métaphore botanique : « souvenez vous qu’il ne
faut pas mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce. » Et rappelez leur que « la vie n’est pas un chemin dont le revêtement serait fait de pétales de roses. »


 


Lorsque surgit un conflit social qui le dirigeant devra être prudent. « Il vaut mieux se mordre la langue avant de parler qu’après avoir parlé »,
et « ne pas aller à la guerre si on craint les horions. » Mais en désespoir de cause, « il vaut mieux savoir trancher dans le vif, plutôt que de laisser pourrir la
situation. »


 


Conclusion


 


Nous n’irons pas plus loin dans le développement d’une matière qui mériterait à elle seule un ouvrage entier et puisqu’il nous faut conclure, il apparaîtra
au lecteur que cet article n’est qu’un badinage perdu dans une revue par ailleurs fort sérieuse. Néanmoins nous voulons espérer que lecteur aura reçu quelques leçons :


 


- « Rire est le propre de l’homme » et l’humour est un moyen souvent efficace de négociation, à condition qu’on en use avec tact et mesure comme
dans la jurisprudence du Conseil d’Etat sur les dépassements d’honoraires de certains médecins.


 


- Loin de tout obscurantisme et sans condamner les méthodes modernes de gestion; nous avons simplement montrer que la gestion des hommes est autant affaire
d’expérience que d’études théoriques.


 


Ces rejetons du passé que sont les proverbes peuvent utilement contribuer à la formation des dirigeants en compléments des techniques quantitatives et
juridiques qu’il ne saurait être question de négliger. Mais gardons nous de privilégier l’outil en oubliant par trop le fond des questions et en toutes circonstances, il convient de
« réfléchir avant d’agir » comme les deux lutins des malices de Plick et Plock cette bande dessinée d’un polytechnicien qui savait aussi bien penser, compter que
dessiner.


 


Ne considérons pas non plus que le proverbe est un fossile. Il s’en crée tous les jours y compris dans les entreprises. Nous citerons que le plus usité dans
nos cercles dirigeants : « il n’ y a pas de problème, il n’y a que des solutions. »


 


Enfin, suggérons que l’avenir des administrations des services publics et des entreprises, réside dans la capacité à concilier deux proverbes
contradictoires : « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe et « la valeur n’attend pas le nombre des années. » L’application de ces deux formules aurait pour
insigne avantage de contribuer à réduire le sous emploi des jeunes et le départ trop précoce des séniors en préretraite et en retraite. Mais ceci est une autre histoire !


 





 


Frédéric Buffin 1990


 


 


 


 


 
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