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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 20:12
Lettre ouverte à l'attention de madame Touraine pour intéresser le bon peuple à la consommation régulière des statistiques sociales.

Madame la ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des droits des femmes,

A chaque fin de mois, votre éminent (e) collègue chargée du Travail et de l’emploi, s'évertue à trouver des arguments toujours habiles mais plus ou moins convaincants pour commenter les chiffres du chômage toujours en hausse, même si sur un an, le rythme de sa progression a un peu diminué.

Il est vrai qu'il est difficile de se féliciter d'être passé de 2, 923 millions de chômeurs en mai 2012 à 3,59 millions en décembre 2015 (sans compter les départements d’outre mer).

Il s'agit néanmoins pour elle d'un exercice stimulant qui lui permet de montrer mensuellement devant des médias souvent corrosifs et une opinion désabusée, sa maestria intellectuelle, comme l'ont fait auparavant avec talent Michel Sapin et François Rebsamen. Ce rendez vous mensuel est devenu politiquement incontournable, même s'il n'est pas facile à vivre, faute de résultats probants sur le front de l'emploi. Dire au bon peuple comme Herbert Hoover président des E-U en 1929 en pleine grande crise « la prospérité est au coin de la rue, » c’est un art que seuls les hommes et femmes politiques de talent peuvent exercer. (Le grand homme fut bien vite remplacé par Roosevelt.)

Je m'étonne du fait que votre cabinet chargé de vous assister dans la vie de tous les jours ne vous ait pas conseillé d'organiser une présentation mensuelle devant la presse des comptes fantastiques de la Sécurité Sociale et du social en général, à l’identique de ce qui se pratique pour les chiffres du chômage. Vous ne trouveriez en effet que des avantages à mettre en place ces échanges réguliers, alors qu’on ne vous entend sur les chiffres qu’à l’occasion de la publication semestrielle des comptes de la Sécurité sociale:

- Bien que vous soyez en poste depuis la mi-2012, vous êtes trop mal connue. Avec un ensemble de dépenses et de recettes qui a pesé près de 480 milliards d’eurosen 2014, vous ne faites pas malheureusement partie des poids lourds du gouvernement, ce qui ne me paraît pas convenable. Car la secu dans la vie des Français, c'est du lourd.

Si d'aventure vous souhaitiez suivre la même voie que Madame Taubira, croyez vous par exemple que les médias et l'opinion publique éprouveraient une émotion similaire consécutive au départ de la grande dame qui a cultivé à ce point l’art oratoire au Parlement. Bien sûr que non, parce qu’il sera toujours plus prestigieux d’être garde des sceaux que gardienne de comptes sociaux non maitrisables. Il convient donc que vous trouviez un moyen d'améliorer votre notoriété à l'amélioration de laquelle un point presse mensuel sur les chiffres du social pourrait grandement contribuer.

- Deuxième point, sur plusieurs années, vous êtes en train de réaliser votre grand rêve de mettre sous assistance sociale une fraction croissante de la population française. Or dans ce domaine vos résultats, ou plutôt ceux de notre système de protection sociale, sont remarquables :

Fin 2012, il y avait 2,142 millions de bénéficiaires de RSA socle. Il y en a 2,499 millions en 2015 (France entière). En 2012, il y avait 4,48 millions d’attributaires de la CMU-C, ils sont au nombre de 5,36 millions en septembre 2015. En 2012, il y avait 963000 personnes percevant l'AAH, il y en a aujourd'hui entre 1,060 et 1,080 millions. (Estimation Sénat)

En clair, en matière de minimas sociaux vous faites merveille ; mais surtout, ceux qui en bénéficient en profitent pour longtemps. D'ailleurs, ils auraient tort de s'en priver puisque ces prestations sont assorties d'avantages fiscaux divers. A quoi bon, dans ces conditions, chercher à reprendre une activité?

Hors minimas sociaux, il pourrait être en sus, intéressant de s’interroger sur la progression du nombre de personnes souffrant d’affection de longue durée qui est passée de 9,5millions fin 2012 à 9,7 millions une année plus tard. Ceci permettrait d’ouvrir un débat sur l’étonnante percée des longues maladies dans notre beau pays de France qui en tendance, faute de chiffre plus récent, doit avoisiner aujourd'hui les 10 millions. Comme quoi une sérieuse radiographie sur cette France très malade s’impose tant les conséquences sanitaires et financières sont lourdes pour nos comptes sociaux.

- Troisième point, le rendez vous mensuel avec la presse, aurait une grande vertu. Il vous permettrait d'imposer à ces grandes institutions que sont les caisses nationales de sécurité sociale, un rythme mensuel de présentation des statistiques. Car enfin, vous n'ignorez pas que celles-ci imposent à leurs organismes locaux des "reportinges" incessants qui font que leurs responsables passent plus de temps à rendre compte de leurs activités qu’à les mettre en œuvre.

Or, malgré leurs systèmes d'information surpuissants, les services statistiques de ces organismes nationaux dont les effectifs progressent à mesure qu’augmentent les déficits, mettent des mois à digérer les informations remontées des caisses locales. Deux exemples : Pas de statistiques récentes ni mensuelles pour l’A.A.H sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, notamment pour toutes les personnes qui ne trouvent pas d’emploi, alors que leur handicap est compris entre 50 et 80%. Pas de statistiques mensuelles sur les personnes souffrant d’affection de longue durée.(La dernière retrace 2013 sur Ameli.) Or, dénombrer des handicapés ou des grands malades, c'est tout de même plus facile que de compter des chômeurs qui ont vocation à sortir des statistiques.

Que font les services des caisses nationales concernées pour disposer d’un temps de réaction aussi lent, avant de fournir leurs chiffres? J'ajoute que dans votre ministère, il y a des experts confirmés pour réaliser le rapport sur les comptes de la S.S. Il y aussi vos as du chiffre de la direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques qui font d’excellents rapports mais à partir de données qui sont souvent déjà vieilles de deux ou trois ans. Or celles-ci ne se bonifient pas comme les vins de Bordeaux ou de Bourgogne !

Enfin, cette rencontre mensuelle où vous excelleriez dans l’art de l’esquive de ce combat de boxe médiatique périodique que je vous propose, aurait le mérite de nourrir le grand débat démocratique auquel les candidats aux élections présidentielles n'échapperont pas en 2017 sur le niveau de recettes et de dépenses de protection sociale qu'il convient de déterminer pour notre pays dans un contexte de concurrence internationale accrue :

Quelle part celui-cin doit-il consacrer aux dépenses de Solidarité et de redistribution sans décourager la partie la plus active de la population de produire des richesses indispensables pour que notre système de protection sociale puisse continuer à jouer son rôle d’amortisseur social ? Cette question mérite bien une conférence de presse mensuelle.

Cette initiative salutaire permettrait enfin de faire oublier qu'en 2012, le President de la Republique qui vous a nommée, n'a pas cité une fois dans son programme le mot Securité Sociale si cher à votre coeur et au peuple français.

En espérant vous entendre chaque mois sur les comptes fantastiques de la protection sociale qui nous concerne du berceau à la tombe, je vous prie d’agréer madame la ministre l’expression de ma parfaite courtoisie.

Frédo la Sécu.

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Frédéric Buffin - dans Social
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